Parc Montsouris, Paris XIVème

« C’est l’histoire d’un mec … vous la connaissez ? … ça dépend des mecs parce que y’a des mecs … alors bon, des fois, c’est l’histoire avec des bagnoles, tout ça. Et puis le mec oui, euh… Mais là non, c’est l’histoire d’un mec, mais un mec … normal … un blanc quoi … ah oui parce que dans les histoires, y’a deux genres de mecs … alors t’as le genre de mec, oui, comme moi, euh … » qui, ce matin-là, ai garé ma bagnole à l’angle des rues d’Alésia et de Tolbiac, tout près de la place Coluche … une placette triangulaire où se tient un petit marché fréquenté par des gens modestes comme les aimait le célèbre humoriste fondateur des « Restaurants du Cœur ». Vingt deux ans après sa mort, malheureusement, beaucoup ont « encore faim et encore froid » ! Il nous manque beaucoup pour brocarder notre époque « bling bling ». Il me revient à la mémoire, il y a 38 ans, assis sur un banc de fortune, dans un local de la rue d’Odessa pompeusement dénommé « Théâtre du Vrai Chic Parisien », je riais aux larmes des désopilantes aventures de « Ginette Lacaze 1970 », le spectacle qui le projeta bientôt sous les feux de la rampe.

 

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Le mec donc, normal … « c’est vrai qu’y a des histoires, c’est plus rigolo quand c’est un belge… si on est suisse … mais là non », le mec remonte la rue Reille puis un instant se recueille au 11 de la rue Gazan, devant un pavillon de briques écrasé entre les immeubles environnants. Dans les années 1970, quand je passais par là, je vis souvent garée à proximité, la « belle américaine « rose de l’artiste. Beaucoup de fêtes avec les copains ont dû troubler, en face, la tranquillité du Parc Montsouris dont je franchis la grille.

« Quand l’parc Montsouris ramène
Sa fraise
Les matins où l’soleil vous mord
La peau
Le dos collé à la chaise
Les pieds au bord d’la pièce d’eau
Ca m’rappelle
Cette valse autrichienne
Que papa jouait
En rentrant du boulot. »

Aujourd’hui, après avoir vagabondé quelques instants avec Coluche, ce fou disant, qui repose tout près de là au cimetière de Montrouge blotti contre le périphérique, je rejoins Jacques Higelin, le « fou enchantant Trenet » qui, en voisin, promène sa dégaine fréquemment dans les allées du parc .
Devant le lac, je ne sais si « les canards qui barbotent, parlent anglais », si « les statues tranquilles le jour, dansent la nuit sur le gazon », si « les oiseaux tiennent le buffet » mais j’ai trouvé « dans cette grande ville maussade où les touristes s’ennuient au fond de leur autocar … un lieu pour la promenade … un jardin extraordinaire » .

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Le guide promet au promeneur attentif d’y admirer, parmi la végétation luxuriante, un arbre de Judée, un tilleul argenté, un érable du Japon, des fougères, un tulipier de Virginie, un cèdre du Liban, trois catalpas, un poirier à feuilles de saule, un hêtre tortueux pleureur, un orme de Sibérie, un hêtre pourpre, un séquoia, un kaki, et d’entendre le canard colvert, le cygne tuberculé, le tadorne casarca, la mouette rieuse, la foulque macroule, la poule d’eau, la bergeronnette des ruisseaux, le roitelet huppé, la pie bavarde … un véritable inventaire à la Prévert qui écrit dans son recueil « Paroles » :

« Paris est tout petit
C’est sa grandeur
Tout le monde s’y rencontre
Les montagnes aussi
Même un beau jour, l’une d’elles
Accoucha d’une souris
Alors en son honneur
Les jardiniers tracèrent le Parc Montsouris. »

Avant de devenir ce parc, la plaine Montsouris était occupée par les carrières de Montrouge. Napoléon III souhaitait doter d’un espace vert chacun des points cardinaux de Paris et donc de créer au sud, le pendant des Buttes-Chaumont au nord. Ainsi le baron Haussmann confia à l’ingénieur Alphand ce vaste projet de jardin à l’anglaise de 15 hectares marqué par de forts dénivelés.Ce matin, les allées appartiennent aux joggers qui se décrassent les artères des mesquineries de la vie au bureau, ainsi qu’aux poneys et landaus qui promènent d’heureux bambins. Des pancartes « Pelouses au repos » font fuir les amoureux du farniente. Qu’à cela ne tienne, ceux-ci profitent tout de même du soleil d’hiver assis sur les bancs en haut du parc en face de la Cité Internationale. En récompense, mêlés aux gazouillements des oiseaux, leur parviennent via des enceintes placées sous les bancs, des « murmures », les confessions amoureuses énoncées dans leur langue maternelle par des étudiants en résidence à Paris, fruits d’une installation sonore imaginée par l’artiste Christian Boltanski.

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Non loin de là, je m’attarde devant un obélisque dite mire du Sud matérialisant le méridien de Paris qui fut longtemps le méridien d’origine pour les marins, géographes et voyageurs avant qu’en 1884, sous l’influence de la domination britannique sur les mers du globe, la convention internationale de Washington institue le méridien de Greenwich comme celui de référence. Sur le monument, on peut lire l’inscription « Du règne de … « , le nom de Napoléon ayant été gratté sous la Restauration. En écho à cette mire du Sud, il existe une mire du Nord non visible dans un jardin privé à proximité du moulin de la Galette à Montmartre.
En hommage à François Arago, le père de la vulgarisation scientifique moderne, l’artiste plasticien néerlandais Jan Dibbets a conçu en 1984, 135 médaillons en bronze de 12 centimètres de diamètre matérialisant à travers la capitale, le tracé du méridien. Chaque médaillon porte le nom d’Arago et indique le Nord et le Sud. Il en existe neuf dans l’enceinte du parc. Pour m’être piqué au jeu de les localiser, cette chasse au trésor est loin d’être évidente mais elle constitue un prétexte ludique pour flâner dans les allées odorantes du parc et découvrir nombre d’oeuvres sculpturales. Ainsi, entre pelouses et bosquets, j’ai surpris une panthère menaçante, une bergère et ses moutons, très légèrement vêtue, s’appuyant sur l’épaule d’un jeune homme, deux baigneuses se prélassant, deux hommes portant la dépouille d’un lion, et bien d’autres modèles en pierre ou de bronze.

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« Le parc Montsouris
C’est le domaine
Où je promène mes anomalies
Où j’me décrasse les antennes
Des mesquineries de la vie

Y’a même un kiosque à musique
Où des militaires jouent
A moitié faux

Je vis pas ma vie
Je la rêve
Le soleil se lève
Et moi aussi
C’est comme une maladie
Que j’aurais chopée
Quand j’étais tout petit
Et qui va pas m’lâcher »

Ce midi, aucun musicien n’interprète de valse autrichienne dans le kiosque à musique en travaux. Par contre, un peintre « du samedi » a posé son chevalet au bord de l’eau, et , dans une palette de verts et de bleus, esquisse une échappée de verdure.
Pour prolonger sa promenade bucolique, en sortant du parc, le mec s’est perdu dans la voie pavée et feuillue du Square de Montsouris. Des pavillons de caractère, des ateliers d’artistes, des bouquets d’arbres déjà fleuris, des réverbères comme autrefois, une grille informant « Chien gentil », donnent à cette ruelle un petit air « british ».

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Cette flânerie s’achève sur un ultime coup d’œil aux élégants pavillons surmontés d’une verrière qui surplombent le réservoir d’eau de Montsouris. Créé en 1874 par Eugéne Belgrand, ingénieur du baron Haussmann, alimenté par les eaux du Loing, du Lunain et de la Vanne via l’aqueduc d’Arcueil, cet édifice approvisionne encore en eau de source, un parisien sur cinq.

 

Publié dans : Ma Douce France |le 21 février, 2008 |1 Commentaire »

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1 Commentaire Commenter.

  1. le 26 novembre, 2008 à 10:21 bob écrit:

    vous avez un très bon site qui nous aura bien aidé

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