Une vie de chien, celle de Maya des champs

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Maya, adorable canichette noire, entra dans la ferme familiale d’Ariège, il y a une douzaine d’années. Elle y fut placée suite à une incompatibilité d’humeur avec son précédent maître dans une maison voisine du village. Elle lui en garda d’ailleurs « un chien de sa chienne » comme on dit dans le langage des hommes et il était curieux de les voir s’observer en « chiens de faïence » lorsqu’ils se croisaient.
L’acclimatation à sa vie de néo-rurale ne fut pas immédiate. Elle succédait à plusieurs générations de chiens mâles besogneux, d’origine bâtarde, dont la fonction principale était de garder les troupeaux de vaches et prévenir la venue de visiteurs étrangers. Avec l’arrivée de Maya, nous découvrîmes, bien avant que le terme ne soit à la mode, une crise de civilisation qui allait induire une politique de rupture des habitudes canines dans la ferme. Après les chiens de terroir, place au chien de boudoir !
Joueuse, elle s’invitait aux divertissements des enfants. De son allure légère et sautillante, elle bondissait avec promptitude confisquant dans sa gueule, la balle de tennis ou un ballon de plage dégonflé. Parfois, mystifiée par une feinte de corps, elle tourneboulait et revenait penaude, sa toison frisée couverte de feuilles mortes ou d’herbe fraîchement coupée, prête à reconquérir ce que de « clairvoyants » inspecteurs de l’Education Nationale nomment de manière fumeuse le « référentiel bondissant ».
Certes, ses pitreries et facéties, dignes d’un chien de cirque, réjouissaient les petits et les grands comme nous en villégiature. Ses propriétaires affairés aux tâches agricoles les goûtaient moins.Tout était prétexte pour la vive demoiselle à faire la ferme buissonnière et à sautiller dans les pieds de ses maîtres tandis qu’ils soignaient les animaux de basse-cour ou entretenaient le potager. Curieuse, elle furetait partout et revenait souvent dans un piteux état de l’étable et des granges. De constitution fragile, son comportement virevoltant lui coûta quelques luxations des membres en sautant de chaises et chariots. Cependant, son affection débordante finissait par effacer ses élans turbulents.
Avec le temps, Maya s’assagit. Par la volonté de ses maîtres, elle renonça à une descendance. Elle circonscrit son territoire à la cour de la ferme et ses dépendances ainsi qu’au jardin ne s’aventurant que rarement et prudemment au-delà. Elle accepta d’effectuer un service minimum de surveillance en aboyant sans agressivité à l’égard des visiteurs étrangers du genre humain, de manière beaucoup plus vindicative envers ses congénères canins. Je fus toujours intrigué par son flair et sa perspicacité lors de nos retrouvailles à l’occasion des congés scolaires. À l’approche de notre arrivée, même lorsque nous changions de véhicule, elle filait en éclaireur au nez de nos parents. Nous l’apercevions bientôt virer à vive allure au coin de la grange et entamer une sarabande de petits sauts de joie autour de l’auto avant de se dresser sur ses pattes arrière à l’ouverture de la portière. Pour elle, c’était aussi le temps heureux des vacances.

Ce que femme veut … Maya l’obtint. Elle fut le premier chien à entrer dans la maison et le premier animal à y dormir la nuit. Respectant le droit d’ancienneté, elle consentit dans un premier temps, une cohabitation cordiale avec le chat gris Mistigri pourtant un peu bougon. À la mort de celui-ci, elle fit de la cuisine sa propriété privée étendant même son territoire au salon. Lovée dans son panier doudoune, elle appréciait la chaleur du feu de la cheminée en hiver, et la fraîcheur de la pièce aux heures brûlantes de l’été. À l’extérieur, elle avait une prédilection pour l’auvent de la porte d’entrée qui constituait un excellent poste de surveillance des allées et venues de sa maîtresse avec, en toile de fond, le verger, le jardin et la plaine. Quand un fauteuil était libre, elle aimait y grimper pour accompagner la sieste de l’un d’entre nous. Souvent, quand je lisais, elle s’approchait, se dressait sur ses pattes arrière, posait un de ses membres antérieurs sur l’accoudoir et de l’autre, grattait avec insistance mon bras, suppliant une caresse câline. Devant son regard attendrissant, je ne pouvais qu’acquiescer. L’heure du lever était aussi l’occasion de me manifester son affection. Quand elle entendait craquer les marches de l’escalier, elle venait se poster derrière la porte et dès l’ouverture, me souhaitait la bienvenue en se frottant de longues secondes contre moi. Elle appréciait les retransmissions télévisées des matches du Stade toulousain et du XV de France sur les genoux d’un voisin qui lui était cher !

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Hors son repas du soir constitué des excellents restes des nôtres, Maya était une adepte forcenée du grignotage. Elle consacrait l’essentiel de ses errances à dénicher quelque pitance supplémentaire. Elle connaissait tous les placards et tiroirs remplis de friandises et se précipitait dès qu’elle nous voyait s’y diriger. Les enfants devaient redoubler de vigilance car elle bondissait et engloutissait dans l’instant, tout biscuit qui leur échappait des mains.
Lors de nos repas, elle frétillait quand survenait le moment de trancher la tome de fromage de montagne. Elle venait à mes pieds attendant que je lui offre les épaisses croûtes. Le cérémonial était si bien rôdé qu’il m’est arrivé chez moi, par un réflexe pavlovien, de me débarrasser des croûtes auprès d’une chienne virtuelle !
Vous avez deviné que, par sa gentillesse et sa fantaisie, Maya trouva toute sa place dans la ferme et le cœur de ses maîtres. Ils la pleurent depuis le 28 janvier 2008. Elle repose dans la terre de la ferme qu’elle gratta souvent.
Ainsi s’achève une vie de chienne qui fut le contraire d’une chienne de vie !

Publié dans : Coups de coeur, Portraits de famille |le 6 février, 2008 |Pas de Commentaires »

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