Archive pour le 16 janvier, 2008

Le renard

Le renard roux est, avec le loup gris, le seul membre sauvage de la famille des canidés, vivant encore en France, malgré les campagnes d’extermination dans le cadre de la lutte contre la rage.
Résidant en zone urbaine proche de la campagne, il m’arrive d’en voir traverser la route, au petit jour, de retour peut-être d’un méfait.
De petite taille (60 à 75 cm pour le corps), il se distingue par son museau allongé, ses oreilles dressées et sa longue queue touffue (35 à 50 cm). Son cri est le glapissement. Il habite principalement dans des terriers creusés par les blaireaux ou par lui-même.

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Jusqu’au XIème siècle, cet animal n’existait pas car il s’appelait en fait un goupil. Il tire son nom actuel du « Roman de Renart », un recueil de récits médiévaux français des XIIème et XIIIème siècles, écrits en langue romane, dont deux des héros principaux sont un loup nommé Ysengrin et son neveu, le goupil Renart.
Des générations de collégiens ont « planché » sur leurs aventures car, au-delà de la farce plaisante, c’est l’esquisse d’un monde animal gouverné par les mêmes règles et animé des mêmes passions que les humains, dans une parodie de genres comme la chanson de geste et le roman courtois.
Sa faim insatiable, sa ruse pour triompher de la force font du goupil, seigneur de Maupertuis, un personnage populaire, malicieux et facétieux, redresseur de torts et contestataire de l’ordre.
Enfant, je me régalais des tours pendables que Renart imaginait à l’égard de ce loup qui m’avait tant fait pleurer, dans d’autres contes, notamment, en dévorant immanquablement la douce chèvre de Monsieur Séguin malgré toutes les précautions oratoires prises par ma maman pour atténuer ou retarder mon chagrin. L’un des plus savoureux se déroule à cette époque de l’hiver quand ce lourdaud d’Ysengrin, friand d’anguilles, demande à Renart de lui attacher un seau à sa queue avant de le plonger dans l’eau glacée du vivier. « Qui tout désire, perd tout », ainsi le goupil raille le loup qui, d’avoir trop attendu que la pêche soit miraculeuse, se trouve piégé, le seau pris dans la glace. Dans l’imaginaire littéraire, outre à la ruse, le renard est souvent associé à la flatterie et au mensonge, ainsi celui trompant le corbeau dans les fables d’Esope et La Fontaine, ou encore la cigogne qui va lui rendre, cependant, très vite, la monnaie de sa pièce.
Bien que je fusse l’un de ses fidèles supporters dans les lectures de mon enfance, il ne me manifesta pas beaucoup de reconnaissance, il y a quelques années, dans une ferme ariégeoise que j’étais chargé de surveiller, en l’absence des maîtres du lieu. Quel ne fut pas mon accablement, au lever du jour, de découvrir un verger anormalement silencieux, jonché de plumes. Le goupil avait fait main basse sur la ville gallinacée et égorgé dix sept poulets ! Nous lui préparâmes, pour les nuits suivantes, un délicieux festin digne du proche Béarn, en lui offrant une poule farcie … de quelques produits toxiques. Confirmant sa ruse légendaire, il dédaigna ce mets de choix.
Curieusement, en espagnol, le renard s’appelle « zorro » comme le célèbre justicier masqué.
Il existe des espèces cousines du renard roux d’Europe tel le fennec ou renard des sables au Sahara. Ainsi, d’ailleurs, métaphoriquement, Rommel, maréchal allemand, à la tète de l’Afrika Korps, fut surnommé « renard du désert » pour la finesse et la malice de sa stratégie.
Le renard d’Amérique n’a pas hérité, du moins dans l’imaginaire des cartoons, de l’esprit frondeur de son cousin européen et le « vil coyote », bien que fier, est immanquablement ridiculisé par l’insaisissable Bip-Bip.
Une autre espèce, née du dithyrambe des journalistes sportifs, vit dans les zones proches des buts des terrains de football. Elle est connue sous le sobriquet de « renard des surfaces » qui qualifie l’esprit matois et le flair de certains joueurs dans leur manière de marquer.
Le renard se nourrit essentiellement de mulots, lapins, poissons et fruits. Il n’attaque pas l’homme, n’en déplaise à Michel Blanc qui prétend avoir été la proie des renards dans une séquence culte du film « Marche à l’ombre ». Circonstance atténuante, l’acteur avouait ne pas être complètement « étanche » !
Au contraire, renard et enfants font souvent bon ménage. Ainsi, dans le livre de Saint-Exupéry, il apprend au Petit Prince, de retour sur terre, la signification d’ « apprivoiser » et la profondeur de l’amitié.
Actuellement, sur les écrans, une petite fille rousse comme lui, partage avec un renard, une fabuleuse amitié. Une autre enfant qui m’est chère, m’a confié qu’elle avait beaucoup pleuré … de chagrin, bien sûr, mais aussi de joie ! N’est-ce pas la plus belle des critiques qui laisse penser que Renard n’a pas fini de hanter notre imaginaire.

 

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Publié dans:Leçons de choses |on 16 janvier, 2008 |5 Commentaires »

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