Impasse Florimond, Paris XIVème, à la rencontre de Georges Brassens

Je vous emmène aujourd’hui en pèlerinage, entre « la rue Didot et la rue de Vanves », dans un petit coin du XIVème arrondissement. Derrière une station-service de la rue d’Alésia, se dissimule une allée très étroite, l’impasse Florimond.

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L’entrée de la venelle ressemble plus à un trottoir, une main courante en ciment la sépare des véhicules en attente de leur vidange sur un affreux parking qui a succédé à l’immeuble d’antan… Que voulez-vous , « le temps ne fait rien à l’affaire, quand on est con, on est con … ! ».

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Heureusement, des « copains d’abord », des amis « pas forcément choisis par Montaigne et La Boétie » ainsi que quelques responsables politiques, ont combattu pour préserver, de l’appétit des promoteurs immobiliers, ce « petit coin de paradis », haut lieu de la poésie chansonnière. En effet, une modeste plaque en marbre rose nous informe que « Georges Brassens habita cette impasse de 1944 à 1966 et y écrivit ses premières chansons ».

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S’intéresser au mode de vie des « maîtres », dans quelque domaine que ce soit, renseigne pour la compréhension de leur œuvre, aussi, j’avance de quelques mètres et laisse vagabonder mon âme vers le poète.
Pour avoir vu de nombreuses photos, ce lieu m’apparaît familier et je me surprends à rêver que l’homme à la pipe, dans un costume de velours un peu râpé, la démarche pataude voire bougonne, me croise et rejoint le scooter (ce n’est pas un Lambretta !) stationné près du portillon vert barrant la seconde partie du passage.

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L’impasse bordée de bacs fleuris, offre un aspect beaucoup plus pimpant que le coupe-gorge sordide, d’il y a soixante ans, aux façades lépreuses dignes du Paris d’Eugène Sue ou de la « complainte des filles de joie ». Le ciment a remplacé la chaussée de pavés disjoints, sillonnée par une rigole d’eaux usées.
J’accomplis avec émotion les derniers pas qui m’amènent sur la gauche de la voie, devant une grise maisonnette sise au numéro 7, anciennement numéro 9. Un bas-relief en bronze, œuvre du chanteur Renaud, apposé le « 22 septembre » 1994, délavé par la patine du temps, rappelle que « le poète, musicien et chanteur vécut ici » avec pour épitaphe, « Et que t’emporte entre les dents, un flocon des neiges d’antan … »

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Il est touchant de penser que dans cet habitat précaire, Brassens a écrit et composé quelques-unes de ses plus belles chansons, et qu’il a continué à y vivre même la notoriété venue.
Il quitte sa ville natale de Sète en 1940 pour « monter à la capitale » et durant trois ans, s’installe dans la pension de famille tenue par sa tante Antoinette au 173 de la rue d’Alésia toute proche. En 1943, il est contraint au Service du Travail Obligatoire en Allemagne. En 1944, à l’expiration d’une permission, il choisit de déserter ; c’est alors qu’il se réfugie « chez Jeanne » Le Bonniec, impasse Florimond, dans son domicile exigu sans électricité, sans eau courante ni tout-à-l’égout.

Chez Jeanne, la Jeanne
Son auberge est ouverte aux gens sans feu ni lieu
On pourrait l’appeler l’auberge du Bon Dieu.

Pendant huit ans, il y vit dans l’indifférence totale tandis que ses cahiers se noircissent de chefs-d’œuvre ignorés comme « Le Gorille », « Le fossoyeur » et « Margot ». En hommage à cette brave bergère qui donnait la gougoutte à son chaton, et à son inspirateur amoureux de cette gente féline, depuis 2005, trois chats en terre cuite, nés des mains d’un potier provençal, rôdent sur le toit et la cheminée de la maison.

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Est-ce d’arpenter les voisines rues Vercingétorix, de Gergovie et d’Alésia qu’il fit sienne la tradition gauloise de la polémique rebelle en contant notamment les frasques paillardes de son quadrumane ? Il trimbale sa dèche avec superbe et en cachette de Jeanne, « dans un train de banlieue, il part pour Cythère » avec des « nymphes de ruisseau », des « Manon, des Mimi, des Suzon, des Musette », « Margot, la blanche caille, Fanchon la cousette ». Il conservera toujours une nostalgie pour cette époque de démesure où il rêvait à sa faim.

En 1952, le succès survient et fort de ses premiers cachets, il améliore le confort du logis vétuste qu’il agrandit même en achetant la maison mitoyenne, propriété actuelle de son secrétaire particulier Pierre Onteniente dit Gibraltar. C’est l’époque des premiers récitals à l’Olympia et du proche Bobino, le célèbre music-hall de la rive gauche comme on aimait le surnommer. Florimond devient le lieu de ralliement des copains et comme ils sont souvent plus de deux, « c’est une bande de cons » qui envahit la maison et la courette. Lorsque Jeanne décide de se remarier, en 1966, Brassens quitte l’impasse pour s’installer dans les Yvelines sous ce « Grand Chêne » qui n’était nullement un arbre de métier ! Au moment de rebrousser chemin, comment ne pas fredonner quelques vers que le poète dédia en partie à Marcel Planche, le compagnon de Jeanne :

Elle est à toi cette chanson
Toi l’Auvergnat qui sans façon
M’as donné quatre bouts de bois
Quand dans ma vie, il faisait froid.

 

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En guise de commentaire, je vous propose de recenser toutes les chansons évoquées dans cette flânerie que vous pourrez achever en vous attardant quelques minutes dans le café PMU, au coin de la rue Didot. L’ami Georges aimait y côtoyer Kessel et Giacometti.

Publié dans : Ma Douce France |le 26 décembre, 2007 |17 Commentaires »

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  1. le 9 février, 2009 à 23:52 encreviolette écrit:

    Cela fait plusieurs mois que j’ai vu cette fameuse vidéo.
    L’enseignant que je fus,apprécie à sa juste valeur, votre projet. Nul doute que parmi ces enfants, il y en aura quelques uns qui, à l’âge adulte,porteront « les bonnes paroles » de l’ami Georges.

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  2. le 10 février, 2009 à 16:26 Didier A écrit:

    Très bel hommage, par cette Impasse FlorimonT (le « d » est une erreur de la mairie) où le cher Pierre Onténiente finit sa longue et belle vie.
    Amitiés

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  3. le 10 février, 2009 à 16:44 encreviolette écrit:

    Merci.
    Devons-nous donc imputer cette erreur à Bertrand Telanoë?
    Petit clin d’oeil d’un « brave con ».

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  4. le 14 juin, 2009 à 17:16 deschanel philippe écrit:

    Bonjour En 1959 j’ai commencé mon service militaire à Beynes camp de frileuse et le champ de tir était juste au dessus de la maison de Brassens qui la possédait déja depuis +- 1 an

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  5. le 30 janvier, 2013 à 1:37 pierrot rochette écrit:

    merci pour ce merveilleux clin d’oeil à Brassens:)))

    Dans mon concept poétique

    blogues-musée pertinents mais aléatoires

    pour accueillir mon oeuvre littéraire

    pertinente mais aléatoire

    permettez-moi de vous offrir

    une de mes chansons

    sur le thème de la jeanne

    une vraie histoire vécue

    sur ma route de vagabondage poétique

    S’APPELLE TI-CORPS

    COUPLET 1

    sur la seule route
    le long du St-Maurice

    y a un homme extraordinaire
    qui vit entre La Tuque et l’lac à beauce
    qui a l’air l’hiver d’un tuyau d’poêle
    si j’ose

    j’ai le goût d’te le chanter
    de te le présenter à toé
    mon nobody, mon monsieur chose

    REFRAIN

    s’appelle Ti-corps
    s’appelle Ti-corps

    sur sa pancarte noir et blanc
    il y a d’écrit
    ici la maison
    du passant

    s’appelle Ti-corps
    s’appelle Ti-corps

    la nuit le jour son poele a bois
    est allume la-bas y a toujours
    du cafe

    s’appelle Ti-corps
    s’appelle Ti-corps

    le beau sourire du tuyau d’poêle
    pour toé pis moé
    ou d’autres que toé pis moé
    si j’ose

    mon nobody, mon monsieur chose

    COUPLET 2

    sur la seule route
    le long du St-Maurice

    le 22 décembre 2007
    6 heures du soir
    j’ai faim j’ai chaud j’ai frette
    j’vois la maison du tuyau d’poêle
    si j’ose
    ah oui que j’ose

    j’ai ben besoin d’aller m’changer
    j’entre y a personne, juste moé
    un nobody un très vieux
    monsieur chose

    COUPLET 3

    sur la seule route
    le long du st-maurice

    9 heures du soir change r’pose
    chu déjà prêt j’écris un mot
    au tuyau d’poêle pour le r’mercier
    si j’ose, a oui que j’ose

    oh sois béni de tous les pauvres
    de tous les vagabonds comme moé

    des nobodys
    oui de tres vieux, oh de tres vieux
    monsieur chose

    Pierrot
    vagabond céleste

    http://www.enracontantpierrot.blogspot.com

    http://www.reveursequitables.com

    sur google

    video vagabond celeste conteur simon gauthier

    Répondre

  6. le 30 avril, 2014 à 16:08 L. A. écrit:

    Bonjour.
    Le premier de vos articles sur lequel je suis tombé, par hasard, avait trait à la maison de Brassens à Crespières. Admirateur quasi filial de ce bonhomme, j’ai trouvé intéressantes (et complémentaires avec celles que j’ai déjà) les informations que vous y donnez.
    Votre site est attrayant et, outre la qualité du contenu, je vous félicite pour son esthétique, la sobriété de sa présentation, son ergonomie et sa clarté : petites photos ne submergeant pas le texte, mais qu’on peut agrandir en cliquant dessus, commentaires datés et dans l’ordre chronologique, simplicité du protocole pour laisser un commentaire, « navigation » intuitive, archives classées…
    Merci. L. A.

    Répondre

  7. le 14 mai, 2014 à 13:53 L. A. écrit:

    Concernant plus particulièrement l’impasse Florimond(t), dans une « Nomenclature des voies de Paris », année 1928, provenant des services techniques de la municipalité, on peut lire ceci : « Florimont (Impasse). XIVe Arr., quartier Plaisance (9 numéros impairs, 12 numéros pairs), commençant rue d’Alésia, aux numéros 150-152 — Long.: 47,00 m., Larg.: 2,00 m environ. — Voie privée. Origine du nom : M. Florimont, propriétaire. »

    Voilà qui semble confirmer que sur les plaques actuelles le d serait une erreur.

    J’ai bien écrit « semble » et « serait », car je suppose qu’un sceptique (notoire ou pas) pourrait rétorquer que, si ces deux graphies confirment qu’il y a au moins une erreur, il reste encore à démontrer laquelle est fautive, et à expliquer pourquoi ce serait la plus récente.

    J’ai bien écrit « au moins une erreur », car je suppose qu’un sceptique plus aguerri que le premier ne tarderait pas à dire : « Qu’est-ce qui me prouve que ces deux terminaisons ne sont pas aussi erronées l’une que l’autre ? Ne va-t-on pas découvrir un jour que ce fameux propriétaire originel s’appelait en fait Florimons, voire Florimon tout court ?

    Je mets un terme à cette plaisanterie en disant que sur ce point… je suis sceptique.

    Amicalement, L. A.

    Répondre

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