Archive pour le 26 décembre, 2007

Impasse Florimond, Paris XIVème, à la rencontre de Georges Brassens

Je vous emmène aujourd’hui en pèlerinage, entre « la rue Didot et la rue de Vanves », dans un petit coin du XIVème arrondissement. Derrière une station-service de la rue d’Alésia, se dissimule une allée très étroite, l’impasse Florimond.

jmcblog21copie.jpg

L’entrée de la venelle ressemble plus à un trottoir, une main courante en ciment la sépare des véhicules en attente de leur vidange sur un affreux parking qui a succédé à l’immeuble d’antan… Que voulez-vous , « le temps ne fait rien à l’affaire, quand on est con, on est con … ! ».

jmcblog20copie.jpg

Heureusement, des « copains d’abord », des amis « pas forcément choisis par Montaigne et La Boétie » ainsi que quelques responsables politiques, ont combattu pour préserver, de l’appétit des promoteurs immobiliers, ce « petit coin de paradis », haut lieu de la poésie chansonnière. En effet, une modeste plaque en marbre rose nous informe que « Georges Brassens habita cette impasse de 1944 à 1966 et y écrivit ses premières chansons ».

jmcblog22copie.jpg

S’intéresser au mode de vie des « maîtres », dans quelque domaine que ce soit, renseigne pour la compréhension de leur œuvre, aussi, j’avance de quelques mètres et laisse vagabonder mon âme vers le poète.
Pour avoir vu de nombreuses photos, ce lieu m’apparaît familier et je me surprends à rêver que l’homme à la pipe, dans un costume de velours un peu râpé, la démarche pataude voire bougonne, me croise et rejoint le scooter (ce n’est pas un Lambretta !) stationné près du portillon vert barrant la seconde partie du passage.

jmcblog23copie.jpgjmcblog27copie.jpg

L’impasse bordée de bacs fleuris, offre un aspect beaucoup plus pimpant que le coupe-gorge sordide, d’il y a soixante ans, aux façades lépreuses dignes du Paris d’Eugène Sue ou de la « complainte des filles de joie ». Le ciment a remplacé la chaussée de pavés disjoints, sillonnée par une rigole d’eaux usées.
J’accomplis avec émotion les derniers pas qui m’amènent sur la gauche de la voie, devant une grise maisonnette sise au numéro 7, anciennement numéro 9. Un bas-relief en bronze, œuvre du chanteur Renaud, apposé le « 22 septembre » 1994, délavé par la patine du temps, rappelle que « le poète, musicien et chanteur vécut ici » avec pour épitaphe, « Et que t’emporte entre les dents, un flocon des neiges d’antan … »

jmcblog24copie.jpg

Il est touchant de penser que dans cet habitat précaire, Brassens a écrit et composé quelques-unes de ses plus belles chansons, et qu’il a continué à y vivre même la notoriété venue.
Il quitte sa ville natale de Sète en 1940 pour « monter à la capitale » et durant trois ans, s’installe dans la pension de famille tenue par sa tante Antoinette au 173 de la rue d’Alésia toute proche. En 1943, il est contraint au Service du Travail Obligatoire en Allemagne. En 1944, à l’expiration d’une permission, il choisit de déserter ; c’est alors qu’il se réfugie « chez Jeanne » Le Bonniec, impasse Florimond, dans son domicile exigu sans électricité, sans eau courante ni tout-à-l’égout.

Chez Jeanne, la Jeanne
Son auberge est ouverte aux gens sans feu ni lieu
On pourrait l’appeler l’auberge du Bon Dieu.

Pendant huit ans, il y vit dans l’indifférence totale tandis que ses cahiers se noircissent de chefs-d’œuvre ignorés comme « Le Gorille », « Le fossoyeur » et « Margot ». En hommage à cette brave bergère qui donnait la gougoutte à son chaton, et à son inspirateur amoureux de cette gente féline, depuis 2005, trois chats en terre cuite, nés des mains d’un potier provençal, rôdent sur le toit et la cheminée de la maison.

jmcblog26copie.jpg

Est-ce d’arpenter les voisines rues Vercingétorix, de Gergovie et d’Alésia qu’il fit sienne la tradition gauloise de la polémique rebelle en contant notamment les frasques paillardes de son quadrumane ? Il trimbale sa dèche avec superbe et en cachette de Jeanne, « dans un train de banlieue, il part pour Cythère » avec des « nymphes de ruisseau », des « Manon, des Mimi, des Suzon, des Musette », « Margot, la blanche caille, Fanchon la cousette ». Il conservera toujours une nostalgie pour cette époque de démesure où il rêvait à sa faim.

En 1952, le succès survient et fort de ses premiers cachets, il améliore le confort du logis vétuste qu’il agrandit même en achetant la maison mitoyenne, propriété actuelle de son secrétaire particulier Pierre Onteniente dit Gibraltar. C’est l’époque des premiers récitals à l’Olympia et du proche Bobino, le célèbre music-hall de la rive gauche comme on aimait le surnommer. Florimond devient le lieu de ralliement des copains et comme ils sont souvent plus de deux, « c’est une bande de cons » qui envahit la maison et la courette. Lorsque Jeanne décide de se remarier, en 1966, Brassens quitte l’impasse pour s’installer dans les Yvelines sous ce « Grand Chêne » qui n’était nullement un arbre de métier ! Au moment de rebrousser chemin, comment ne pas fredonner quelques vers que le poète dédia en partie à Marcel Planche, le compagnon de Jeanne :

Elle est à toi cette chanson
Toi l’Auvergnat qui sans façon
M’as donné quatre bouts de bois
Quand dans ma vie, il faisait froid.

 

jmcblog25copie.jpg

 

En guise de commentaire, je vous propose de recenser toutes les chansons évoquées dans cette flânerie que vous pourrez achever en vous attardant quelques minutes dans le café PMU, au coin de la rue Didot. L’ami Georges aimait y côtoyer Kessel et Giacometti.

Publié dans:Ma Douce France |on 26 décembre, 2007 |17 Commentaires »

Pas à la marge.... juste au... | Unblog.fr | Annuaire | Signaler un abus | Dysharmonik