Archive pour le 23 décembre, 2007

Les Noëls de mon enfance

À quelques heures de la plus belle nuit de l’année pour les enfants, pas pour tous malheureusement, il me revient à la mémoire quelques Noëls de ma prime jeunesse.
Avant cette fameuse nuit, il y avait des jours et des jours où pour le bambin bon écolier mais turbulent que j’étais, pesait la menace que l’homme à la barbe blanche ne passât point par notre maison.
Malgré tout, dès le début décembre, nous procédions à l’installation du sapin, un vrai avec les aiguilles qui tombent, dans la salle à manger, au rez-de-chaussée du logement, une pièce utilisée que dans les « grandes occasions », réceptions et fêtes.
Ce n’était pas chose aisée pour mes petits doigts de confectionner avec du fil, des attaches pour les boules multicolores. J’en laissais toujours échapper deux ou trois qui allaient se fracasser sur le plancher. La pose de la guirlande électrique revenait à mon père. Les petites ampoules, en forme de bougies, fonctionnaient lors de la vérification avant la décoration mais souvent, le circuit était coupé une fois la guirlande déroulée sur les branches. Il s’agissait alors de revisser une à une les lampes sans provoquer la chute de nouvelles boules. Puis ma maman me confiait le sachet de coton hydrophile pour apporter la touche finale et simuler, avec quelques mèches, des flocons de neige.

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La veille des vacances, se déroulait, à la salle des fêtes, « L’Arbre de Noël » des écoles … publiques, ce n’était pas qu’une simple nuance à l’époque. Au cours de cet après-midi-là, quelques classes chantaient des refrains de circonstance, un prestidigitateur et deux clowns calmaient notre impatience avec des tours de magie et pitreries. Il était temps alors que le Père Noël apparaisse, par la porte à gauche de la scène, dans la liesse générale … enfin presque ! En effet, je n’étais pas des plus hardis et ne débordais pas d’un enthousiasme démesuré lorsqu’il parvenait à ma rangée pour nous serrer la main et nous offrir un jouet et des friandises. Près de 50 ans plus tard, lors du déménagement du grenier de la maison familiale, dans une valise en carton, j’ai retrouvé la houppelande, le bonnet, la barbe blanche et la canne de ce Père Noël. Ma mère, en tant que responsable de l’association de l’Arbre de Noël, habilla pendant plusieurs décennies, les Pères Noël du canton. Aujourd’hui, la tradition subsiste et ce sont des barbes blanches ariégeoises qui s’affublent de ces atours. Les choses sérieuses approchaient et j’attendais avec impatience et un brin d’anxiété les « vrais » cadeaux, ceux dont j’avais dressé la liste confiée naïvement à mes parents. Je m’interrogeais devant cet épais mystère : comment l’homme à l’habit rouge acheminait mes présents par la cheminée étroite, condamnée depuis longtemps, de plus sans se salir ? J’ai bien essayé de soulever vainement le tablier… il me restait comme extrémité de guetter l’arrivée du cher homme dont pourtant, je m’écartais quand je le croisais dans les magasins et les rues. Ainsi, je participais aux agapes du réveillon en famille aussi tard que mes yeux le supportaient … mais c’était encore trop tôt ! Au matin, je descendais l’escalier fébrilement, je tournais lentement la poignée de la porte et glissais doucement la tête … IL était passé et avait même déposé aussi une boîte de pâtes de fruits et des oranges.
Lors du vide grenier évoqué plus haut, j’ai remis la main sur quelques cadeaux qui ne m’avaient pas laissé un souvenir impérissable, notamment deux jeux de fléchettes, un chamboule tout et un tir aux pigeons. Je me suis étonné d’avoir souhaité ce type de jeu vu mon peu de goût pour le maniement des armes.
Je n’ai pas souvenir d’avoir reçu beaucoup de jouets ; je me satisfaisais de ceux de mon frère, mon aîné de près d’une décennie, tels son train électrique, ses coureurs cyclistes en plomb et son meccano.
Par contre, deux Noëls demeurent particulièrement mémorables. Ils étaient liés à ma passion prononcée pour le sport que m’avait inoculée mon père.
Ainsi, j’avais commandé une panoplie complète de footballeur … avec une casquette. À l’époque, les rencontres se déroulaient en diurne et les gardiens de but pour lesquels j’avais une prédilection, se coiffaient souvent de cet accessoire pour ne pas être aveuglés par le soleil. Il n’y eut pas de casquette dans la hotte du Père Noël mais comme je fus heureux avec mon petit maillot rouge et mon short bleu et… peut-être plus comblé qu’un minot, aujourd’hui à l’époque du « merchandising » et des produits dérivés,, enfilant la réplique exacte du maillot de son joueur ou de son club préféré !
Deux ou trois hivers plus tard, je fus gâté avec un poste de radio à transistor en bakélite marron. J’étais fier de mon appareil à la pointe de la technologie tandis que mon père peinait à trouver une station sur sa TSF à galène. J’allais pouvoir écouter dans ma chambre, les radiodiffusions des matches de foot du dimanche après-midi, les exploits de mon idole Jacques Anquetil sur les routes du Tour de France et bientôt, en rentrant de l’école, entre 17 et 19 heures, la mythique émission d’Europe 1, « Salut les Copains ». Durant les congés scolaires de Noël, j’étrennais, bien sûr, mes cadeaux mais me semble-t-il, les hivers étaient plus rigoureux et enneigés que maintenant. Aussi, les deux grandes cours de l’école où j’habitais, offraient un terrain idéal pour les glissades et la fabrication de bonhommes de neige. Quelle vilaine invention pour les enfants, le salage ! Résonne dans mes souvenirs, le craquement de la neige compacte, lorsque je mettais en application le fameux « effet boule de neige » pour élaborer le corps et la tête. Des boulets de charbon en guise d’yeux, une carotte pour le nez, un vieux balai, donnaient vie à mon bonhomme qui allait trôner plus ou moins longtemps selon la rigueur de l’hiver. Les doigts gelés, les moufles trempées, le nez rougi, je rentrais avaler le délicieux bol de chocolat préparé par ma maman. Bientôt, l’an neuf naissait. Il était temps de reprendre le chemin de l’école, des étoiles plein la tête. Auparavant, avec mon papa, j’accomplissais une dernière formalité : nous allions replanter le sapin. Plusieurs décennies, l’un d’eux se dressa majestueusement à l’entrée de l’école avant que la tempête de 1999 ne l’emportât.

Publié dans:Coups de coeur |on 23 décembre, 2007 |4 Commentaires »

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