Archive pour le 5 décembre, 2007

Traces de Vies

 

Etant, désormais, rayé des cadres actifs de la nation (c’est l’appellation officielle de mon statut de retraité), chaque année en novembre, je rallie Clermont-Ferrand pour vivre une semaine en immersion dans le film documentaire de création…
Animée par une petite équipe de salariés et de quelques bénévoles, dynamiques, chaleureux et militants, Traces de Vies, tel est le nom de ces rencontres cinématographiques, atteindra sa majorité en 2008..
Ce festival, après avoir débuté modestement dans le bourg médiéval de Vic-le-Comte, a vu sa notoriété croître au fil des ans au point de conquérir aujourd’hui la capitale régionale arverne et établir son quartier général autour de la Maison de la Culture.

 

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Il est sympathique et réconfortant d’y voir affluer un public de tous âges (et notamment, un grand nombre de lycéens très attentifs), toutes classes sociales et toutes cultures professionnelles à la découverte de quelques œuvres majeures du cinéma documentaire et d’une sélection de films récents en compagnie souvent des réalisateurs présents dans la salle.
La cuvée 2007 a été particulièrement gouleyante et j’ai pu m’enivrer de plus de 30 produits du cru (je parle ici de films bien sûr et non des savoureux et trop méconnus Côtes d’Auvergne qui nous furent proposés de découvrir à l’issue de la cérémonie d’ouverture).
Il n’est pas mon propos, ici, de jouer les critiques de cinéma, ni de « refaire » le palmarès, en l’occurrence, il emporta l’adhésion quasi-unanime du public. Je souhaite juste susciter l’envie de voir des documentaires, ces courts et moyens-métrages que l’on projetait, dans mon enfance, en première partie du « grand film », avant les actualités et les esquimaux proposés à l’entracte par l’ouvreuse, et que les chaînes de télévision, aujourd’hui, incluent dans leurs programmes, souvent (trop) tard dans la nuit, pour justifier leurs quotas culturels !
A travers « Jardins et cultures, la nature interprétée » un des thèmes retenus par l’organisation., nous voyageons des jardins ouvriers de Brest et les querelles inénarrables de voisinage pour la hauteur d’une haie ou d’un alignement de poireaux, jusqu’ à un jardin de la Creuse et son propriétaire humaniste, « le plus possible près de la nature, le moins possible contre », en passant par «Un enclos », un jardin de curé au centre pénitentiaire de Rennes où les femmes prisonnières se sentent libres au moins intérieurement.
En écho au récent « Grenelle de l’environnement », « Une pêche d’ enfer » et « L’assiette sale » dénoncent de manière très pédagogique, le pillage maritime au large du Sénégal, l’exploitation honteuse de saisonniers étrangers dans les Bouches-du-Rhône ainsi que les mystères de la grande distribution.
L’autre axe majeur de la programmation fut la question de la transmission, cette passation entre les individus, entre les générations, qu’elle soit politique avec la générosité exaltante des ouvriers francs-comtois dans « Les LIP, l’imagination au pouvoir », ou qu’elle soit drame humain avec le cri du fermier de « Combalimon » pour que continue à vivre son exploitation et le deuil du père dans l’onirique « Scènes de chasse au sanglier ».
Mon coup de cœur est allé à « Où sont nos amoureuses » de Robin Hunzinger mais je ne fais preuve d’aucune originalité tant ce film a rallié tous les suffrages et ému aux larmes l’ensemble du public.
L’éclatante Emma et la chétive Thérèse nouent une amitié dévorante à l’Ecole normale Supérieure de Fontenay à la fin des années 1920. Nommées professeurs, l’une en Lozère, l’autre en Creuse, elles vont entretenir une correspondance assidue. Eprises d’une folle indépendance, Emma et Thérèse sortent des chemins balisés de l’époque pour partager une profonde amitié amoureuse dont on ne connaîtra pas les interdits. Elles visitent l’ Espagne républicaine et envisagent d’adopter un enfant. Emma finit par succomber à l’amour, prend un amant puis se marie et s’installe en Alsace annexée par l’Allemagne nazie. Les chemins des petites amoureuses se séparent définitivement en 1940. Tandis qu’ Emma vit auprès de son mari qui arbore l’insigne nazi, Thérèse rejoint l’armée de l’ombre et va devenir chef du réseau de la Résistance autour de Fougères. Arrêtée par la Gestapo, elle meurt en 1943, préférant se pendre que de parler sous la torture. Emma est morte en 1987 laissant derrière elle, une boîte remplie de lettres et négatifs qu’a investis son petit-fils, le réalisateur Robin Hunzinger pour transmettre l’histoire de son aïeule qui s’inscrit dans l’Histoire.
Les images en couleurs, sur les lieux de l’époque, en écho aux documents d’archives, illustrent magnifiquement les sentiments des deux jeunes femmes. La voix off pleine de pudeur décline l’essentiel des lettres et du journal d’Emma.
Ainsi, un ami breton qui m’accompagnait, a découvert pourquoi un collège de Fougères est baptisé Thérèse Pierre, véritable personnage de roman qui demeure discrète dans la postérité comme elle le fut dans ses engagements.
Hasard de la programmation, victime peut-être aussi, à la suite de cet émouvant documentaire, fut projeté « Le temps d’un film ». Il s’agit d’une étourdissante réflexion sur la création d’un film, loin des fastidieux making-off qui fleurissent dans les bonus de dvd. La réalisatrice égrène les possibles de son scénario et de son casting en nous entraînant à Venise, Paris et Saint-Louis du Sénégal. Avec virtuosité, elle surprend les spectateurs, encore sous le choc des amoureuses, à taper des pieds sur les voix et les rythmes de Tom Waits, Francesco Pini, Cheikh Lô, Maylis Guiard-Schmid, Madou Diabaté et la fanfare principale des Forces Armées Sénégalaises.
Tous ces artistes passent à la trappe du casting à cause d’un détail : quand on pétrit le pain, il faut libérer la pâte de ses bulles d’air par un travail méticuleux.. comme l’est la création d’un film. C’est jubilatoire !
Je pourrais encore vous faire saliver avec plein d’images et de sons mais vous avez compris… allez au cinéma, voyez des documentaires, c’est la vie ! … et dès que vous le pourrez,filez, en novembre au pays des Arvernes sur les Traces de Vies.
Site de « Traces de Vies » : tdv.itsra.net

 

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Une fois étanchée leur soif d’images, les cinéphiles aiment aussi se restaurer. Je ne saurais trop leur recommander, à deux pas de la Maison de la Culture et de Traces de Vies, sur la place des Salins, « Le petit Creusois », un chaleureux bistrot à l’ancienne tel que les aimait Doisneau où de sympathiques gérants vous proposent des repas dits « ouvriers » d’excellente facture (publicité totalement gratuite).

 

Publié dans:Coups de coeur |on 5 décembre, 2007 |1 Commentaire »

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