Archive pour décembre, 2007

Impasse Florimond, Paris XIVème, à la rencontre de Georges Brassens

Je vous emmène aujourd’hui en pèlerinage, entre « la rue Didot et la rue de Vanves », dans un petit coin du XIVème arrondissement. Derrière une station-service de la rue d’Alésia, se dissimule une allée très étroite, l’impasse Florimond.

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L’entrée de la venelle ressemble plus à un trottoir, une main courante en ciment la sépare des véhicules en attente de leur vidange sur un affreux parking qui a succédé à l’immeuble d’antan… Que voulez-vous , « le temps ne fait rien à l’affaire, quand on est con, on est con … ! ».

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Heureusement, des « copains d’abord », des amis « pas forcément choisis par Montaigne et La Boétie » ainsi que quelques responsables politiques, ont combattu pour préserver, de l’appétit des promoteurs immobiliers, ce « petit coin de paradis », haut lieu de la poésie chansonnière. En effet, une modeste plaque en marbre rose nous informe que « Georges Brassens habita cette impasse de 1944 à 1966 et y écrivit ses premières chansons ».

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S’intéresser au mode de vie des « maîtres », dans quelque domaine que ce soit, renseigne pour la compréhension de leur œuvre, aussi, j’avance de quelques mètres et laisse vagabonder mon âme vers le poète.
Pour avoir vu de nombreuses photos, ce lieu m’apparaît familier et je me surprends à rêver que l’homme à la pipe, dans un costume de velours un peu râpé, la démarche pataude voire bougonne, me croise et rejoint le scooter (ce n’est pas un Lambretta !) stationné près du portillon vert barrant la seconde partie du passage.

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L’impasse bordée de bacs fleuris, offre un aspect beaucoup plus pimpant que le coupe-gorge sordide, d’il y a soixante ans, aux façades lépreuses dignes du Paris d’Eugène Sue ou de la « complainte des filles de joie ». Le ciment a remplacé la chaussée de pavés disjoints, sillonnée par une rigole d’eaux usées.
J’accomplis avec émotion les derniers pas qui m’amènent sur la gauche de la voie, devant une grise maisonnette sise au numéro 7, anciennement numéro 9. Un bas-relief en bronze, œuvre du chanteur Renaud, apposé le « 22 septembre » 1994, délavé par la patine du temps, rappelle que « le poète, musicien et chanteur vécut ici » avec pour épitaphe, « Et que t’emporte entre les dents, un flocon des neiges d’antan … »

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Il est touchant de penser que dans cet habitat précaire, Brassens a écrit et composé quelques-unes de ses plus belles chansons, et qu’il a continué à y vivre même la notoriété venue.
Il quitte sa ville natale de Sète en 1940 pour « monter à la capitale » et durant trois ans, s’installe dans la pension de famille tenue par sa tante Antoinette au 173 de la rue d’Alésia toute proche. En 1943, il est contraint au Service du Travail Obligatoire en Allemagne. En 1944, à l’expiration d’une permission, il choisit de déserter ; c’est alors qu’il se réfugie « chez Jeanne » Le Bonniec, impasse Florimond, dans son domicile exigu sans électricité, sans eau courante ni tout-à-l’égout.

Chez Jeanne, la Jeanne
Son auberge est ouverte aux gens sans feu ni lieu
On pourrait l’appeler l’auberge du Bon Dieu.

Pendant huit ans, il y vit dans l’indifférence totale tandis que ses cahiers se noircissent de chefs-d’œuvre ignorés comme « Le Gorille », « Le fossoyeur » et « Margot ». En hommage à cette brave bergère qui donnait la gougoutte à son chaton, et à son inspirateur amoureux de cette gente féline, depuis 2005, trois chats en terre cuite, nés des mains d’un potier provençal, rôdent sur le toit et la cheminée de la maison.

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Est-ce d’arpenter les voisines rues Vercingétorix, de Gergovie et d’Alésia qu’il fit sienne la tradition gauloise de la polémique rebelle en contant notamment les frasques paillardes de son quadrumane ? Il trimbale sa dèche avec superbe et en cachette de Jeanne, « dans un train de banlieue, il part pour Cythère » avec des « nymphes de ruisseau », des « Manon, des Mimi, des Suzon, des Musette », « Margot, la blanche caille, Fanchon la cousette ». Il conservera toujours une nostalgie pour cette époque de démesure où il rêvait à sa faim.

En 1952, le succès survient et fort de ses premiers cachets, il améliore le confort du logis vétuste qu’il agrandit même en achetant la maison mitoyenne, propriété actuelle de son secrétaire particulier Pierre Onteniente dit Gibraltar. C’est l’époque des premiers récitals à l’Olympia et du proche Bobino, le célèbre music-hall de la rive gauche comme on aimait le surnommer. Florimond devient le lieu de ralliement des copains et comme ils sont souvent plus de deux, « c’est une bande de cons » qui envahit la maison et la courette. Lorsque Jeanne décide de se remarier, en 1966, Brassens quitte l’impasse pour s’installer dans les Yvelines sous ce « Grand Chêne » qui n’était nullement un arbre de métier ! Au moment de rebrousser chemin, comment ne pas fredonner quelques vers que le poète dédia en partie à Marcel Planche, le compagnon de Jeanne :

Elle est à toi cette chanson
Toi l’Auvergnat qui sans façon
M’as donné quatre bouts de bois
Quand dans ma vie, il faisait froid.

 

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En guise de commentaire, je vous propose de recenser toutes les chansons évoquées dans cette flânerie que vous pourrez achever en vous attardant quelques minutes dans le café PMU, au coin de la rue Didot. L’ami Georges aimait y côtoyer Kessel et Giacometti.

Publié dans:Ma Douce France |on 26 décembre, 2007 |17 Commentaires »

Les Noëls de mon enfance

À quelques heures de la plus belle nuit de l’année pour les enfants, pas pour tous malheureusement, il me revient à la mémoire quelques Noëls de ma prime jeunesse.
Avant cette fameuse nuit, il y avait des jours et des jours où pour le bambin bon écolier mais turbulent que j’étais, pesait la menace que l’homme à la barbe blanche ne passât point par notre maison.
Malgré tout, dès le début décembre, nous procédions à l’installation du sapin, un vrai avec les aiguilles qui tombent, dans la salle à manger, au rez-de-chaussée du logement, une pièce utilisée que dans les « grandes occasions », réceptions et fêtes.
Ce n’était pas chose aisée pour mes petits doigts de confectionner avec du fil, des attaches pour les boules multicolores. J’en laissais toujours échapper deux ou trois qui allaient se fracasser sur le plancher. La pose de la guirlande électrique revenait à mon père. Les petites ampoules, en forme de bougies, fonctionnaient lors de la vérification avant la décoration mais souvent, le circuit était coupé une fois la guirlande déroulée sur les branches. Il s’agissait alors de revisser une à une les lampes sans provoquer la chute de nouvelles boules. Puis ma maman me confiait le sachet de coton hydrophile pour apporter la touche finale et simuler, avec quelques mèches, des flocons de neige.

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La veille des vacances, se déroulait, à la salle des fêtes, « L’Arbre de Noël » des écoles … publiques, ce n’était pas qu’une simple nuance à l’époque. Au cours de cet après-midi-là, quelques classes chantaient des refrains de circonstance, un prestidigitateur et deux clowns calmaient notre impatience avec des tours de magie et pitreries. Il était temps alors que le Père Noël apparaisse, par la porte à gauche de la scène, dans la liesse générale … enfin presque ! En effet, je n’étais pas des plus hardis et ne débordais pas d’un enthousiasme démesuré lorsqu’il parvenait à ma rangée pour nous serrer la main et nous offrir un jouet et des friandises. Près de 50 ans plus tard, lors du déménagement du grenier de la maison familiale, dans une valise en carton, j’ai retrouvé la houppelande, le bonnet, la barbe blanche et la canne de ce Père Noël. Ma mère, en tant que responsable de l’association de l’Arbre de Noël, habilla pendant plusieurs décennies, les Pères Noël du canton. Aujourd’hui, la tradition subsiste et ce sont des barbes blanches ariégeoises qui s’affublent de ces atours. Les choses sérieuses approchaient et j’attendais avec impatience et un brin d’anxiété les « vrais » cadeaux, ceux dont j’avais dressé la liste confiée naïvement à mes parents. Je m’interrogeais devant cet épais mystère : comment l’homme à l’habit rouge acheminait mes présents par la cheminée étroite, condamnée depuis longtemps, de plus sans se salir ? J’ai bien essayé de soulever vainement le tablier… il me restait comme extrémité de guetter l’arrivée du cher homme dont pourtant, je m’écartais quand je le croisais dans les magasins et les rues. Ainsi, je participais aux agapes du réveillon en famille aussi tard que mes yeux le supportaient … mais c’était encore trop tôt ! Au matin, je descendais l’escalier fébrilement, je tournais lentement la poignée de la porte et glissais doucement la tête … IL était passé et avait même déposé aussi une boîte de pâtes de fruits et des oranges.
Lors du vide grenier évoqué plus haut, j’ai remis la main sur quelques cadeaux qui ne m’avaient pas laissé un souvenir impérissable, notamment deux jeux de fléchettes, un chamboule tout et un tir aux pigeons. Je me suis étonné d’avoir souhaité ce type de jeu vu mon peu de goût pour le maniement des armes.
Je n’ai pas souvenir d’avoir reçu beaucoup de jouets ; je me satisfaisais de ceux de mon frère, mon aîné de près d’une décennie, tels son train électrique, ses coureurs cyclistes en plomb et son meccano.
Par contre, deux Noëls demeurent particulièrement mémorables. Ils étaient liés à ma passion prononcée pour le sport que m’avait inoculée mon père.
Ainsi, j’avais commandé une panoplie complète de footballeur … avec une casquette. À l’époque, les rencontres se déroulaient en diurne et les gardiens de but pour lesquels j’avais une prédilection, se coiffaient souvent de cet accessoire pour ne pas être aveuglés par le soleil. Il n’y eut pas de casquette dans la hotte du Père Noël mais comme je fus heureux avec mon petit maillot rouge et mon short bleu et… peut-être plus comblé qu’un minot, aujourd’hui à l’époque du « merchandising » et des produits dérivés,, enfilant la réplique exacte du maillot de son joueur ou de son club préféré !
Deux ou trois hivers plus tard, je fus gâté avec un poste de radio à transistor en bakélite marron. J’étais fier de mon appareil à la pointe de la technologie tandis que mon père peinait à trouver une station sur sa TSF à galène. J’allais pouvoir écouter dans ma chambre, les radiodiffusions des matches de foot du dimanche après-midi, les exploits de mon idole Jacques Anquetil sur les routes du Tour de France et bientôt, en rentrant de l’école, entre 17 et 19 heures, la mythique émission d’Europe 1, « Salut les Copains ». Durant les congés scolaires de Noël, j’étrennais, bien sûr, mes cadeaux mais me semble-t-il, les hivers étaient plus rigoureux et enneigés que maintenant. Aussi, les deux grandes cours de l’école où j’habitais, offraient un terrain idéal pour les glissades et la fabrication de bonhommes de neige. Quelle vilaine invention pour les enfants, le salage ! Résonne dans mes souvenirs, le craquement de la neige compacte, lorsque je mettais en application le fameux « effet boule de neige » pour élaborer le corps et la tête. Des boulets de charbon en guise d’yeux, une carotte pour le nez, un vieux balai, donnaient vie à mon bonhomme qui allait trôner plus ou moins longtemps selon la rigueur de l’hiver. Les doigts gelés, les moufles trempées, le nez rougi, je rentrais avaler le délicieux bol de chocolat préparé par ma maman. Bientôt, l’an neuf naissait. Il était temps de reprendre le chemin de l’école, des étoiles plein la tête. Auparavant, avec mon papa, j’accomplissais une dernière formalité : nous allions replanter le sapin. Plusieurs décennies, l’un d’eux se dressa majestueusement à l’entrée de l’école avant que la tempête de 1999 ne l’emportât.

Publié dans:Coups de coeur |on 23 décembre, 2007 |4 Commentaires »

« Magic » SPRINGSTEEN à Bercy

Ce lundi 17 décembre, Bruce Springsteen a rendez-vous avec Paris pour présenter en concert son nouvel album « Magic ». Au vu des plaques minéralogiques des automobiles garées dans les parkings de Bercy (plus de la moitié des départements recensés), il serait plus juste de dire qu’il a convoqué ses fans de tout l’hexagone.
Deux heures avant le début du concert, une longue file de spectateurs emmitouflés brave la nuit polaire.Dans les cafés avoisinants, les chopes de bière s’entrechoquent tandis que les enceintes crachent de vieux succès de la vedette du soir. L’ambiance rappelle l’atmosphère festive du précédent album hommage à Pete Seeger . Tous attendent fébrilement les retrouvailles du « Boss », 58 ans, avec son groupe mythique, le E Street Band, 4 ans après son concert d’anthologie au Stade de France. J’y étais : ce soir-là, des trombes d’eau noyaient la pelouse. Pour conjurer le sort, Bruce improvisa en reprenant en ouverture, ‘Who’ll stop the rain’ du Creedence Clearwater Revival et que croyez-vous qu’il arrivât ?… le dieu vivant du rock fit cesser la pluie.

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20h 15, la salle comble réclame son idole en reprenant le fameux « oooh oooh » de Badlands. Moins ponctuelle qu’autrefois, elle se glisse sur la scène, dans l’obscurité, 25 minutes plus tard tandis qu’un limonaire scintille de mille feux en livrant quelques flonflons surannés revisités rock. Une semaine avant, c’est Noêl à Bercy … Bruce apparaît en pleine lumière et dans son délicieux français phonétique, interpelle son public : « Vous croyez au père Noël » ?
Au oui unanime, il répond par quelques accords, guitare à la verticale au-dessus de la tête, et embraye pied au plancher avec ‘Radio Nowhere’, titre inaugural de son nouvel album, référence aux bons vieux rocks qu’il écoutait à la radio dans sa jeunesse. Le concert est commencé depuis 30 secondes que déjà la foule est debout … il faut se faire une raison, deuil des 89 euros déboursés … pour une place assise. Ce soir, le « boss » déchaîné a décidé de ne laisser aucun répit à ses fans et enchaîne les morceaux sans pause. Troisième titre et 15 000 bras levés scandent les It’s alright de ‘Lonesome Day’. Une tonitruante entame à l’harmonica laisse entrevoir ‘The River’ déclenchant l’enthousiasme … mais le maître des lieux, d’un long « chutttt » susurré, obtient le silence et de sa voix si prenante dans les morceaux intimistes, nous livre l’émouvant ‘Gypsy biker ‘ enchaînant avec ‘Magic’ titre éponyme du dernier opus.
En 2h 15 et 24 chansons, Springsteen va conserver son titre mis en jeu d’extraordinaire bête de scène avec la complicité étincelante de ses musiciens de « la rue E » … hummm, les riffs de saxo de Clarence Clemons ! Il a une pensée pour Danny Federici qui soigne un mélanome ainsi que son épouse-choriste Patty Scialfa demeurée au New Jersey pour garder les enfants. Il évoque en quelques mots les années de désolation de l’administration Bush ce qui ne manque pas de cocasserie à l’heure où nos gouvernants prônent un esprit atlantiste mais c’est essentiellement à travers ses chansons qu’il parle de tous les laissés pour compte de l’Amérique.
Moment d’anthologie et d’intense émotion lorsqu’il accompagne à l’harmonica, le public de Bercy plongé dans la pénombre, chantant intégralement ‘The River’. Cela le sidère toujours d’entendre son auditoire français reprendre ses couplets en anglais. En remerciement, lui le pape du rock bénit l’assemblée avec son harmonica puis bientôt lui offre les grands succès de toujours, ‘Badlands’, ‘Born to run’, ‘Dancing in the dark’. La salle ivre de bonheur chante, danse, lève les bras dans cette communion dont il a le secret.
Apothéose, la soirée s’achève avec le festif ‘American Land’ au son de l’accordéon et des violons country. Le « Boss » épuisé et heureux harangue une dernière fois ses fans : « Vous croyez au Père Noël ? » … ouiiiiiiiiiiiiiiiiiiiii ! Alors, les musiciens se saisissent des bonnets de Père Noêl qui voltigent sur scène, Bruce se coiffe d’un stetson de cow-boy rouge à hermine blanche et pour un final « Magic », tous entonnent ‘Santa Claus is coming to town’.
Les 20 000 spectateurs de Bercy ont eu leur cadeau avant l’heure. Le soldat Springsteen, la main collée à la tempe, salue militairement son public aux anges, droit dans les yeux et lui lance en guise d’au revoir, « At the summertime ».
J’ai déjà les billets pour le 27 juin 2008 au Parc des Princes, une enceinte à la dimension de ce géant du rock.

 

Publié dans:Coups de coeur |on 19 décembre, 2007 |4 Commentaires »

Pagny (dé)chante Brel

Ce qui aurait pu être un coup de gueule mérite finalement sa place dans mes coups de cœur.
Les tentatives de certains chanteurs de se réapproprier le répertoire de leurs glorieux aînés, le temps d’un cd et de quelques concerts, sont rarement couronnées de succès. Dans cet exercice périlleux, récemment, , « Higelin enchanta Trénet » avec beaucoup de bonheur. La filiation évidente de ces deux fous chantants, était gage de réussite.
En revanche, cher Florent, « vous n’aurez pas ma liberté de penser » que reprendre onze chansons du « Grand Jacques » était un écueil plus redoutable à franchir que le Cap Horn voisin de votre Patagonie d’adoption. L’accueil mitigé, réservé à l’album, malgré une promotion d’enfer, semble confirmer mes doutes. Le magazine Marianne parle même de « saccage et de reprise de brèle » !!! Cependant, je me réjouis si cela incite les jeunes générations à une féconde plongée dans l’univers de l’immense poète qui repose aux Marquises. C’est aussi l’occasion de faire renaître les émotions inoubliables que me procura Brel durant les « sixties ». En effet, étonnamment, il connaït son état de grâce tandis que la vague yéyé déferle et que Johnny met son public au bord de l’émeute à grands coups de twists endiablés et de fauteuils cassés. Au commencement, Brel interpella mon âme d’enfant par quelques refrains populaires comme « La valse à 1000 temps » et « les fla-les fla-les flamandes qui dansent sans frémir aux dimanches sonnants faisant la fierté de leurs parents, du bedeau et de son Eminence » … j’avoue que je ne comprenais pas encore tout ! Le vrai choc survint en 1962, lorsque Brel sortit son « disque blanc » quelques années avant que les Beatles ne l’imitent. Je me souviens de cette grande pochette immaculée, c’était son « premier vinyl microsillon 30 cm », sur laquelle étaient écrits, laconiquement, les titres des chansons … mais quelles chansons !

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Des centaines de fois, alors, j’ai posé délicatement le saphir sur le disque pour espérer prendre avec Madeleine, le tram trente-trois pour aller manger des frites chez Eugène, pour déambuler sur l’impériale de l’omnibus dans les rues de Bruxelles, au temps du cinéma muet, pour ânonner les déclinaisons latines de Rosa, pour attendre avec Zangra que l’ennemi vienne au fort de Belonzio qui domine la plaine, cela me donna plus tard, l’envie de lire « Le désert des Tartares » dont cette chanson s’inspire. J’ai ri de l’insolence de « ces jeunes peigne-culs qui montraient leur derrière aux bourgeois sortant de l’hôtel des Trois Faisans ». Imaginez que dans le contexte de cette époque « gaullienne », cette chanson était bannie des ondes et de l’unique chaîne de télévision.
Et puis, il y avait ce que je considère encore comme son chef d’œuvre (choix très subjectif, il en composa tellement), « Le plat pays » qui est le sien. Ce poème sur la Flandre, apparaissait tellement abouti, dans la lignée d’Emile Verhaeren et Maurice Maeterlinck très prisés dans les récitations de mon enfance , que certains pensèrent qu’il ne pouvait être l’œuvre d’un chanteur de variétés et que Brel, plagieur scélérat avait dû sortir des oubliettes, le manuscrit d’un anonyme.
Quarante ans plus tard, en vidant le grenier de la maison familiale, je suis tombé sur un numéro de « Réalités » de septembre 1961, mensuel culturel que mes parents lisaient régulièrement. Jacques Brel y commente son ode à la Flandre qui n’est alors encore qu’un texte sans musique. « Ni limité, ni protégé, ouvert au pas des hommes, au galop des marées, prisonnier d’un ciel sans joie, voué à la mélancolie, mon pays s’est construit des rêves d’évasion. Lassé d’atteindre sans entrave un horizon sans surprise, bravant le déroulement monotone du temps et de l’espace, de ses mains audacieuses il a bâti les sommets que la nature lui refusait, dompté le cours des fleuves et l’élan de la mer. Etrangers sans étonnement, quand vous verrez glisser les cargos au-dessus des champs, jaillir les flèches de pierre et les remparts des digues, pourrez-vous mesurer sans angoisse la fragilité de cette victoire, imaginer sans tristesse la défaillance imprévisible qui rendra au néant le fruit de cette obstination ? »

Avec des cathédrales pour uniques montagnes
Et de noirs clochers comme mâts de cocagne
Où des diables en pierre décrochent les nuages
Avec le fil des jours pour unique voyage
Et des chemins de pluie pour unique bonsoir
Avec le vent de l’Est écoutez-le vouloir
Le plat pays qui est le mien.

Saisi par ces images dignes des maîtres de la peinture flamande, je découvre « Marieke » créée 3 ans auparavant puis suis conquis par « Mon père disait » quelques années plus tard. Aujourd’hui, je me surprends lorsque je flâne entre les tours de Bruges à Gand, de glisser un cd dans le lecteur de mon automobile pour associer le son du poète aux images qui défilent.
Second séisme dans mon cœur de fan, en 1966 je crois, lors d ‘un récital au cinéma L’Omnia de Rouen organisé par les élèves de l’Ecole de Commerce de la ville. Depuis, nombre d’images d’archives vous ont restitué l’atmosphère de ses concerts. Dès son apparition sur scène, l’homme a de la prestance, son mètre quatre vingt affûté dans un costume sombre. Débute alors un véritable combat de boxe en une vingtaine de chansons qu’il enchaîne au galop sans se soucier des applaudissements du public, jusqu’à épuisement. De sa voix chaude et puissante, il vous envoie chaque vers en pleine figure. Il porte chaque chanson en jouant des bras et des jambes. Déjà le futur acteur transparaît derrière notamment les effets comiques dont il affuble les bigotes qui « cimetièrent à petits pas. La salle s’esclaffe devant ce niais qui rapporte ses bonbons en proférant un « paix au Vietnam » et le « suivant » du suivi au conseil de révision. Il prolonge certaines de ses chansons comme des sketches tant il les surjoue. Aux rires succèdent les larmes qui se mélangent à sa sueur lorsqu’il entame « Ne me quitte pas » et décrit « Les vieux » dont nos parents prennent un jour les traits. Reste gravée en ma mémoire, cette main soudain décharnée qui « tremble un peu de voir vieillir la pendule d’argent qui ronronne au salon, qui dit oui, qui dit non, qui dit je vous attends ». En transes, il interprète Jef et Amsterdam. Transpirant à grosses gouttes, il s’essuie le visage, dos au public, avec de larges mouchoirs blancs sortis de son veston. Puis, c’est le retour au calme où sobrement accompagné de quelques accords de sa guitare, il chante son plat pays et offre en partage « quand on n’a que l’amour ». Il me semble que ce concert date d’hier tant les images et les sons demeurent ancrés profondément en moi. Vous imaginez que par la suite, j’attendais fébrilement chacun de ses nouveaux opus. Au début des années 1990, à l’occasion de mon départ de l’Institut Universitaire de Formation des Maîtres de Versailles, on m’offrit l’intégrale en cd de l’œuvre de l’immense poète pour remplacer mes disques vinyl usés d’avoir été trop écoutés. J’oubliais, en 1969, j’eus encore le bonheur d’admirer Brel, au théâtre des Champs Elysées à Paris, dans son interprétation de Don Quichotte, l’Homme de la Mancha. Amaigri, presque décharné, barbu grisonnant, il nous arrachait les larmes dans sa Quête pour l’inaccessible étoile … et pour cause, vous ne l’avez pas atteinte cher Florent Pagny !

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Publié dans:Coups de coeur |on 16 décembre, 2007 |4 Commentaires »

Michel COFFIN, mon père (époque 1)

« Papa a eu une vie d’une exceptionnelle plénitude. Il en est, certes, de plus brillantes, plus géniales, plus universelles, mais pas de plus passionnées. »
Ces paroles prononcées par mon frère, lors des obsèques de notre père, me donnèrent l’envie de faire renaître, à travers l’écriture, cette existence accomplie. C’est ainsi que j’ai rédigé, en 1995, sa biographie qui fut éditée en ouverture du sixième tome posthume des « Promenades géographiques, historiques et touristiques en Pays de Bray » dont notre cher parent fut le concepteur et le réalisateur.
Pour cela, j’ai fait appel à ses écrits, à mes souvenirs personnels, à ceux d’autres membres de la famille. Reprenant sa démarche, je suis allé à la rencontre de ses amis, collègues, anciens élèves pour recueillir leurs témoignages.
Il en résulte cette évocation parfois naïve, évidemment partielle, sans doute partiale, à travers laquelle vous percevrez toute la richesse morale, intellectuelle et culturelle de mon père. Toujours curieux des technologies nouvelles, je pense qu’il serait fier de savoir sa vie tissée sur la « Toile ».

 

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L’an mil neuf cent dix, le huit août à huit heures du matin, par devant nous, de Forceville Saint-Ange, Maire officier de l’Etat civil de la commune de Villers-Campsart, canton d’Hornoy, département de la Somme, est comparu COFFIN Emile Joseph Vincent, maçon, âgé de vingt-neuf ans, domicilié à Villers-Campsart, lequel nous a présenté un enfant de sexe masculin né en sa demeure hier sept août à huit heures du matin, de lui comparant et de Noblesse Léontine, Zulma, Virginie, cultivatrice, son épouse, âgée de vingt-deux ans, domiciliée à Villers-Campsart et auquel enfant il a déclaré donner les prénoms de MICHEL, Emile, Bernard. »

Ainsi fut enregistrée l’arrivée sur terre de mon père, survenue dans la maison familiale, la première à l’est du village. Le corps d’habitation d’origine ainsi que quelques granges existent toujours.

SON ENFANCE

La petite enfance de Papa ressemble à celle de tous les gamins de la campagne à cette époque. Les rares jouets qu’il connaît sont ceux confectionnés dans le bois par son père. Il s’amuse sur la place du village, court dans les prés, construit des labyrinthes sous les balles de paille dans les granges. Ses copains s’appellent Philippe Brunet, Pierre Tagot, Alexandre Grévin. Une de ses camarades, aujourd’hui nonagénaire, se souvient de traversées du grenier à foin avec une corde, tel Tarzan dans la jungle. Un jour, la corde céda et le petit Michel, les quatre fers en l’air, improvisa sans se relever :

 » Je suis Saint-Michel
Descendu du ciel
Au bout d’une ficelle
Arrivé en bas
La ficelle cassa
Et Michel tomba. « 

Il n’y a quasiment pas d’automobiles dans les campagnes. La moissonneuse-lieuse est très rare. La moisson se fait à la faux, à la faucille et au râteau. C’est encore le temps des meules qu’a évoquées le peintre Claude Monet. Ces moments d’insouciance s’estompent très vite derrière la dure réalité de la guerre. Ses parents coupent la javelle au bord du chemin de Dromesnil lorsque, le 2 août 1914 à 11 heures, les cloches du village sonnent le tocsin. C’est la mobilisation générale. Il regarde son père abandonner précipitamment son champ, regagner la ferme, consulter son livret militaire, remplir une musette avant de retrouver, le soir même, son régiment à Beauvais. Il ne le reverra que quatre ans plus tard. De cette période tragique, Papa gardait en mémoire l’arrivée dans le village des troupes de l’Empire britannique, notamment des Hindous portant le turban, des lanciers du Bengale. Ils logent dans les bâtiments de la ferme avant de remonter au front. Un mess d’officiers s’installe chez sa grand-mère Clémence. A leur contact, mon père acquiert ses premiers rudiments d’anglais, découvre le thé et le plum-pudding, collectionne les insignes des différentes unités, voit pour la première fois des footballeurs en short s’entraînant dans les herbages. Il est souvent choisi à l’école pour accompagner les officiers dans les opérations de cantonnement. Il promène leurs chevaux le long des talus herbeux. En récompense, ils lui offrent des crêpes immenses qu’il dévore en leur compagnie. De cette époque, naît, chez mon père, son goût de l’uniforme, des galons, de la cavalerie ainsi que sa sympathie pour l’armée britannique avec laquelle il collaborera plus tard. Il se rappelait encore les soirs où éclataient d’extraordinaires feux d’artifice dus aux obus fusants, sur le front situé au-delà d’Amiens. L’armistice signé, il accompagne sa mère sur les champs de bataille de Daours, Villers-Bretonneux, Albert. Ce ne sont que champs labourés de tranchées, jonchés de casques, d’armes brisées, de véhicules militaires désarticulés. Il en revient avec des valises pleines de douilles d’obus de canons destinées, une fois astiquées, gravées et ciselées, à orner meubles et cheminées. Son père, atteint d’une pleurésie, a été évacué du front près de Verdun, en 1916. Soigné à l’hôpital militaire d’Amélie-les-Bains puis Santenay-les-Bains, il est réformé avec pension militaire au printemps 1918. Devenu tuberculeux, il ne devait jamais guérir et décéda le 1er novembre 1921. De lui, mon père disait avec admiration qu’il pouvait faire une maison à lui tout seul. De maçon qu’il avait été, il s’était converti progressivement au métier de cultivateur. D’une extrême habileté manuelle, il avait fabriqué carriole, brouette, roues. Cette guerre fait deux autres victimes dans la famille. L’oncle Emilien est tué dans un combat à la baïonnette, en août 1914, près de Lassigny, dans l’Aisne. Un autre oncle, évacué du front, meurt en 1916. Par contre, Maximilien, un troisième oncle, participe à tous les combats pendant quatre ans, en Champagne, en Argonne et dans les Ardennes. Enterré plusieurs fois par les obus, il revient sans la moindre blessure. Papa découvre, à l’âge de six ans, les pupitres à six places et les bancs sans dossier de l’école communale de Villers-Campsart. Il y connaît deux instituteurs aux personnalités fort différentes. C’est d’abord un maître très sévère. Quatre ans sous les drapeaux et sur le front l’ont aigri. Les châtiments corporels sont abondants. Il dispose auprès de son estrade, d’une panoplie de baguettes de noisetier dont la plus longue atteint le fond de la classe. Il prône le « par coeur ». Monsieur Bernard lui succède. C’est un maître d’élite et d’avant-garde à l’époque, partisan de « l’éducation nouvelle ». Il emmène les écoliers dans la plaine pour rédiger des textes, découvrir la flore, peindre. Il pratique les expériences scientifiques, le chant par le solfège, le tissage, la poterie. Il expérimente des cultures dans le jardin de l’école. Par la suite, il réussira le professorat des écoles primaires supérieures et deviendra président de la Ligue Nationale des Droits de l’Homme. Chaque année, il est récompensé par une jolie moisson de certificats d’études, diplôme que mon père et mon oncle obtiennent sans coup férir à douze ans. Papa vénère ce maître qui lui communique la passion de l’enseignement. Monsieur Bernard conseille vivement à ma grand-mère de mettre le petit Michel en pension pour qu’il poursuive ses études. Quel honneur à cette époque où seuls les enfants de riches vont en pension! L’autre fils, Marcel, pris de passion pour l’agriculture, rejoint la ferme familiale. A treize ans, il laboure déjà, sème à la volée, roule les blés, repasse les scies des machines. Quand il égrenait ses souvenirs d’enfance, Papa évoquait parfois, avec amusement, le temps où il servait comme enfant de choeur dans la pittoresque église de Villers, riche de plusieurs chefs-d’œuvre. Il rappelait la coutume de la semaine sainte lorsque « les cloches étaient parties pour Rome ». Il allait de ferme en ferme collecter les oeufs, annonçant son arrivée par le crépitement des crécelles. Plusieurs exemplaires de cet objet réalisés par son père, sont conservés comme des reliques dans la famille.

SA JEUNESSE

En 1923, Papa entre au Cours Complémentaire d’Aumale, posant ainsi le pied sur le sol normand. Pensionnaire, il ne retrouve son village natal qu’à l’occasion des vacances, en empruntant le « tortillard » jusqu’à Liomer, puis accomplissant les derniers kilomètres à pied ou en carriole. Sitôt rentré au bercail, il apporte son concours aux travaux de la ferme. Il sait démarier les betteraves, harnacher et mener un attelage, conduire la moissonneuse. Pendant la moisson, il fourche ou « tasse » vingt mille bottes de blé et d’avoine. Il ne manifeste aucune mauvaise volonté considérant que ces efforts constituent une excellente préparation à la vie active.
A cette époque des « années folles », on cherche à s’étourdir pour oublier les affres de la guerre. Avec son frère, Papa commence à fréquenter les bals à quinze ans. A pied ou à bicyclette, ils vont danser au café Doval à Liomer ou dans les fêtes de village. L’accordéon fait fureur mais le jazz et le charleston deviennent à la mode. La vedette locale s’appelle Robin, véritable homme-orchestre qui joue de plusieurs instruments à la fois.
Le dimanche après-midi, on pratique la balle au tamis sur les places communales des villages picards. Papa y joue parfois, accompagne souvent son frère « fort-en-jeu » qui brille à la tête de l’équipe de Villers.
En 1926, Papa réussit le concours d’entrée à l’Ecole Normale d’Instituteurs de Rouen. Cette admission procure joie et fierté à sa maman, veuve de guerre, qui voit ainsi son horizon matériel s’éclaircir. Curieusement, mon père évoquera le plus souvent des souvenirs d’ordre militaire de ses années de formation au sein de sa promotion baptisée « l’Indomptable ». En effet, en deuxième et troisième année, on peut suivre les cours de la préparation militaire supérieure qui permet d’accéder par concours au grade de sous-lieutenant lors du service militaire. Papa, les images des champs de bataille de Picardie ancrées à jamais dans sa mémoire, s’y inscrit avec ferveur. Il souhaiterait être officier dans l’aviation mais sa mère, sur conseil de la famille, ne l’autorise pas. Il opte donc pour l’artillerie, « l’arme savante » de l’époque. L’instruction comportant de l’équitation, il renoue avec ses origines paysannes et pratique cette activité, le jeudi après-midi, devant la caserne Jeanne d’Arc devenue aujourd’hui l’Hôtel de Région. En juillet 1929, pour avoir été particulièrement disert sur les ogives, mon père obtient la meilleure note d’aptitude générale au commandement (16 sur 20) et est admis dans un très bon rang à l’Ecole Militaire d’Artillerie de Poitiers.
Avant de servir sous les drapeaux, il débute sa carrière d’enseignant au Cours Complémentaire mixte de Gaillefontaine où il supplée son directeur pour les cours de Sciences. Le soir, son habileté acquise sur les « parquets » picards le conduit à enseigner … le tango à la bourgeoisie locale. A la fin de cette année scolaire 1929-1930, il se rend à Argueil pour la correction des épreuves du Certificat d’Etudes. Le destin rôde dans les rangs du jury sous les traits de Gilberte Roulland, jeune directrice de l’école de La Feuillie … qui prendra bientôt une place capitale dans sa vie.
En octobre 1930, Papa intègre donc l’Ecole d’Artillerie de Poitiers sise dans le quartier des Dunes et endosse l’uniforme bleu horizon d’Elève Officier de Réserve. Il y connaît cinq mois de bonheur si j’en crois ses écrits: « J’ai gardé de cette école des souvenirs inaltérables. Tout y était agréable, la discipline, la nourriture, la camaraderie, les loisirs. Tous les élèves étaient hautement diplômés. J’y ai appris beaucoup de choses sur la balistique, la cartographie, les transmissions. Je pratiquais l’équitation sous les ordres du Cadre Noir de Saumur…. »
En mars 1931, il revêt l’uniforme kaki de sous-lieutenant, tant convoité. Bottes de cavalerie, éperons et cravache complètent la panoplie. Papa évoqua souvent avec fierté son retour triomphal au pays natal, dans cette fringante tenue. Détail non négligeable, la solde de « sous-verge » se monte au double du traitement d’un instituteur.
Encouragé par sa réussite, mon père se porte candidat à l’Ecole Militaire des Transmissions à Versailles, avenue de Sceaux. Il y est admis sur titre. Durant trois mois, il apprend le Morse, la télégraphie par le sol, vit les débuts de la radio par les postes à galène, parcourt les abords forestiers du camp de Satory lors des exercices pratiques en campagne.
En juillet 1931, il pourrait être affecté au poste militaire de radio de la tour Eiffel. Il préfère rejoindre le 25ème Régiment d’Artillerie de Chalons-sur-Marne afin de participer comme officier de transmissions aux grandes manoeuvres de l’Aisne. Il découvre ainsi les célèbres champs de bataille de Champagne, la butte de Tahure, celle de Souain, le fort de la Pompelle. Il assiste au tournage du film « Les croix de bois » tiré du roman de Roland Dorgelès. Il assure aussi la fonction d’officier de « bien vivre » dans les communes après le passage de la troupe pour recevoir les réclamations de la population. Il apprend à connaître l’agriculture champenoise; déjà le géographe pointe sous l’officier.

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Le 15 octobre 1931, sonne l’heure de la démobilisation et un difficile cas de conscience apparaît avec l’orientation qu’il doit donner à sa carrière. Papa peut devenir officier d’active et entrer au Service Géographique de l’Armée devenu aujourd’hui l’I.G.N.
L’amour l’emporte. Il épouse Gilberte le 24 octobre 1931 et retrouve sa vocation première d’enseignant. Cependant pour conserver son grade de militaire et en franchir les échelons, il effectuera plusieurs périodes de perfectionnement aux camps de Coëtquidan et de Mailly en Champagne.
Après quelques mois à Avesnes-en-Bray, mon père exerce de 1932 à 1936 à l’école communale de Beauvoir-en-Lyons. Il a la charge d’une classe unique d’une trentaine de garçons. Certains de ces bambins viennent des nombreux hameaux avoisinants, à pied ou à vélo. A midi, ils réchauffent leur gamelle sur le poêle à bois qui trône au milieu de la classe.

 

 

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J’ai interrogé avec émotion quelques septuagénaires qui, aujourd’hui encore, conservent un souvenir émerveillé de leur instituteur. Peut-être étaient-ils un brin fascinés par ce jeune maître qui arrivait chaque matin, vêtu de cuir, chevauchant sa grosse moto Austral 4 chevaux à culbuteurs. Ils étaient surtout conquis par sa pédagogie moderne, mélange de fermeté et de gentillesse. L’un d’entre eux m’a avoué qu’après l’obtention de son certificat d’études, il lui plaisait souvent d’écouter « la voix de son maître », de sa cour jouxtant l’école.
Les cours d’instruction civique et de morale avec les « maximes » inaugurent chaque matinée.
Ayant souvent connu la fierté d’être choisi comme moniteur par Monsieur Bernard, son instituteur vénéré, Papa reprend la pratique de solliciter les grands de la classe pour aider leurs cadets dans leur apprentissage de la lecture.
Il installe également dans un coin de la salle une « armoire à expériences », repaire mystérieux et magique d’éprouvettes et cornues. Lorsqu’il distille du vin pour obtenir « la goutte », les petites têtes blondes boivent….ses explications.
Les disciplines artistiques ne sont pas délaissées. Mon père manifeste d’excellentes dispositions en dessin et initie les enfants au violon.
Exigeant en classe, il devient le copain de ses élèves à la récréation. Il leur apprend le jeu de barres ou improvise fréquemment des parties acharnées de football.
Les anciens se souviennent encore avec ravissement des superbes fêtes mises sur pied à l’occasion de la distribution des prix. En collaboration avec Mademoiselle Lefèvre, chargée de la classe unique des filles, il prépare des chants et des saynètes en costumes.
Papa conserva, sa vie durant, une sympathie particulière pour la commune de Beauvoir et c’est avec émotion, lors de ses promenades, qu’il passait devant son ancienne école. Sans doute effectua-t-il souvent les quelques pas le séparant du porche de l’église pour se recueillir devant le « beau voir », cet exceptionnel panorama de la boutonnière de Bray dont il serait le chantre plus tard. Il aimait aussi profondément la forêt de Lyons pour avoir traversé quotidiennement ses splendides futaies de hêtres afin de retrouver son épouse en poste à La Feuillie.
L’amour matrimonial donne un nouveau coup de pouce au destin, en août 1936. L’Inspection prie Maman d’accepter la direction du Cours Complémentaire de filles de Forges-les-Eaux. Papa change de poste, laissant beaucoup de regrets dans la population de Beauvoir. L’administration le nomme à Serqueux avant de l’intégrer, au bout de quelques semaines, au Cours Complémentaire de garçons de Forges dirigé par Monsieur Bertrand. A ses débuts, il y enseigne la géographie, l’histoire, les sciences naturelles et la gymnastique. La préparation au concours d’entrée aux Ecoles Normales de Rouen devenant progressivement mixte, il intervient rapidement dans les deux Cours Complémentaires. Il découvre bientôt un modèle en la personne de son inspecteur Eugène Anne.. Cet homme charmant et cultivé, qui a donné son nom à l’école primaire de Forges, écrit des livres d’histoire locale (tiens, tiens ! ) et fonde une université populaire avec des conférences mensuelles de haute tenue. Papa, toujours curieux d’apprendre, assiste aux cours d’histoire qu’il dispense aux jeunes filles de troisième. Cet exemple s’imprègne en lui : « si je pouvais faire aussi bien….! « .

… à suivre

Publié dans:Portraits de famille |on 13 décembre, 2007 |16 Commentaires »

Thank you very much Monsieur Trenet

Chez moi, souvent très tôt le samedi, un clairon retentit sous les traits d’une adorable petite fille de 9 ans. Elle me sort de mes songes pour que j’entre dans ses rêves. Je me prépare donc rapidement pour prendre, le coeur léger, le chemin d’une école enchantée… juste un couloir à suivre pour me retrouver devant la porte de la classe de CM2 de Madame Stéphanie Claude … c’est le nom de scène qu’a choisi cette jeune star de la pédagogie. Ma maîtresse apparaît plus sévère qu’elle ne l’est à la ville, et m’invite, après que je l’eus saluée, politesse oblige, à rejoindre ma place, en l’occurrence, un lit ancien à barreaux. Mes camarades, douces comme des peluches, s’appellent Ours brun, Petit Ours blanc, Mickey, Grenouille, Arlequin, Bambi, des jumeaux Chatons, parfois se joint à nous Coccinelle, gente insecte du voyage. Après avoir sacrifié aux traditionnels appels de présence et de cantine, Madame Claude nous présente avec clarté les activités de la matinée. Cette semaine, le programme est cool: arts plastiques et musique. Nous commençons donc par dessiner et découper araignées, souris et serpents, toutes ces petites bêtes propres à effrayer une mamie lorsqu’elle se glissera sous les draps. Vient ensuite le moment de la musique et ô surprise, faisant foin des tubes martelés sur les ondes, l’enseignante en herbe nous invite à découvrir trois chansons d’un même auteur compositeur qui appartient à l’anthologie de la chanson du siècle passé, celui qu’on surnommait le « fou chantant », Charles Trenet. Je m’aventure à lever le doigt pour signaler que je dispose du CD « chez moi ». Je suis autorisé immédiatement à sortir de la classe pour ramener le précieux document. A mon retour, la maîtresse, fervente adepte des moyens audiovisuels d’information et de communication, nous demande d’écouter attentivement avec pour consigne de noter et commenter les paroles de « Je chante », « Y a d’la joie » et « Le jardin extraordinaire ». Alors, sortant de mon jeu de rôle, j’ècarquille les yeux sous le charme de cet enfant du 21ème siècle, qui « longtemps, longtemps, longtemps après que le poète a disparu » reprend ses refrains avec jubilation et « quand elle est à court d’idées, fait la la la la la la ». Se met en scène toute la magie de l’univers de Trénet qui, derrière ses vers parfois considérés comme mineurs, est le chantre de la jeunesse, de l’insouciance, du bonheur, de la joie de vivre. Le rythme d’il y a cinquante ans ne lui semblant pas encore assez endiablé, la jeune maîtresse en accélère le swing. Elle se promène avec fantaisie dans les allées de ce jardin surréaliste. Les élèves peluches se dandinent et reprennent en choeur :

C’est un jardin extraordinaire
Il y a les canards qui parlent anglais,
Je leur donne du pain, ils remuent leur derrière
En me disant « Thank you very much Monsieur Trenet.

Vous ne me croyez pas? … « Il suffit pour ça d’un peu d’imagination! »

 

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Publié dans:Coups de coeur |on 9 décembre, 2007 |6 Commentaires »

Traces de Vies

 

Etant, désormais, rayé des cadres actifs de la nation (c’est l’appellation officielle de mon statut de retraité), chaque année en novembre, je rallie Clermont-Ferrand pour vivre une semaine en immersion dans le film documentaire de création…
Animée par une petite équipe de salariés et de quelques bénévoles, dynamiques, chaleureux et militants, Traces de Vies, tel est le nom de ces rencontres cinématographiques, atteindra sa majorité en 2008..
Ce festival, après avoir débuté modestement dans le bourg médiéval de Vic-le-Comte, a vu sa notoriété croître au fil des ans au point de conquérir aujourd’hui la capitale régionale arverne et établir son quartier général autour de la Maison de la Culture.

 

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Il est sympathique et réconfortant d’y voir affluer un public de tous âges (et notamment, un grand nombre de lycéens très attentifs), toutes classes sociales et toutes cultures professionnelles à la découverte de quelques œuvres majeures du cinéma documentaire et d’une sélection de films récents en compagnie souvent des réalisateurs présents dans la salle.
La cuvée 2007 a été particulièrement gouleyante et j’ai pu m’enivrer de plus de 30 produits du cru (je parle ici de films bien sûr et non des savoureux et trop méconnus Côtes d’Auvergne qui nous furent proposés de découvrir à l’issue de la cérémonie d’ouverture).
Il n’est pas mon propos, ici, de jouer les critiques de cinéma, ni de « refaire » le palmarès, en l’occurrence, il emporta l’adhésion quasi-unanime du public. Je souhaite juste susciter l’envie de voir des documentaires, ces courts et moyens-métrages que l’on projetait, dans mon enfance, en première partie du « grand film », avant les actualités et les esquimaux proposés à l’entracte par l’ouvreuse, et que les chaînes de télévision, aujourd’hui, incluent dans leurs programmes, souvent (trop) tard dans la nuit, pour justifier leurs quotas culturels !
A travers « Jardins et cultures, la nature interprétée » un des thèmes retenus par l’organisation., nous voyageons des jardins ouvriers de Brest et les querelles inénarrables de voisinage pour la hauteur d’une haie ou d’un alignement de poireaux, jusqu’ à un jardin de la Creuse et son propriétaire humaniste, « le plus possible près de la nature, le moins possible contre », en passant par «Un enclos », un jardin de curé au centre pénitentiaire de Rennes où les femmes prisonnières se sentent libres au moins intérieurement.
En écho au récent « Grenelle de l’environnement », « Une pêche d’ enfer » et « L’assiette sale » dénoncent de manière très pédagogique, le pillage maritime au large du Sénégal, l’exploitation honteuse de saisonniers étrangers dans les Bouches-du-Rhône ainsi que les mystères de la grande distribution.
L’autre axe majeur de la programmation fut la question de la transmission, cette passation entre les individus, entre les générations, qu’elle soit politique avec la générosité exaltante des ouvriers francs-comtois dans « Les LIP, l’imagination au pouvoir », ou qu’elle soit drame humain avec le cri du fermier de « Combalimon » pour que continue à vivre son exploitation et le deuil du père dans l’onirique « Scènes de chasse au sanglier ».
Mon coup de cœur est allé à « Où sont nos amoureuses » de Robin Hunzinger mais je ne fais preuve d’aucune originalité tant ce film a rallié tous les suffrages et ému aux larmes l’ensemble du public.
L’éclatante Emma et la chétive Thérèse nouent une amitié dévorante à l’Ecole normale Supérieure de Fontenay à la fin des années 1920. Nommées professeurs, l’une en Lozère, l’autre en Creuse, elles vont entretenir une correspondance assidue. Eprises d’une folle indépendance, Emma et Thérèse sortent des chemins balisés de l’époque pour partager une profonde amitié amoureuse dont on ne connaîtra pas les interdits. Elles visitent l’ Espagne républicaine et envisagent d’adopter un enfant. Emma finit par succomber à l’amour, prend un amant puis se marie et s’installe en Alsace annexée par l’Allemagne nazie. Les chemins des petites amoureuses se séparent définitivement en 1940. Tandis qu’ Emma vit auprès de son mari qui arbore l’insigne nazi, Thérèse rejoint l’armée de l’ombre et va devenir chef du réseau de la Résistance autour de Fougères. Arrêtée par la Gestapo, elle meurt en 1943, préférant se pendre que de parler sous la torture. Emma est morte en 1987 laissant derrière elle, une boîte remplie de lettres et négatifs qu’a investis son petit-fils, le réalisateur Robin Hunzinger pour transmettre l’histoire de son aïeule qui s’inscrit dans l’Histoire.
Les images en couleurs, sur les lieux de l’époque, en écho aux documents d’archives, illustrent magnifiquement les sentiments des deux jeunes femmes. La voix off pleine de pudeur décline l’essentiel des lettres et du journal d’Emma.
Ainsi, un ami breton qui m’accompagnait, a découvert pourquoi un collège de Fougères est baptisé Thérèse Pierre, véritable personnage de roman qui demeure discrète dans la postérité comme elle le fut dans ses engagements.
Hasard de la programmation, victime peut-être aussi, à la suite de cet émouvant documentaire, fut projeté « Le temps d’un film ». Il s’agit d’une étourdissante réflexion sur la création d’un film, loin des fastidieux making-off qui fleurissent dans les bonus de dvd. La réalisatrice égrène les possibles de son scénario et de son casting en nous entraînant à Venise, Paris et Saint-Louis du Sénégal. Avec virtuosité, elle surprend les spectateurs, encore sous le choc des amoureuses, à taper des pieds sur les voix et les rythmes de Tom Waits, Francesco Pini, Cheikh Lô, Maylis Guiard-Schmid, Madou Diabaté et la fanfare principale des Forces Armées Sénégalaises.
Tous ces artistes passent à la trappe du casting à cause d’un détail : quand on pétrit le pain, il faut libérer la pâte de ses bulles d’air par un travail méticuleux.. comme l’est la création d’un film. C’est jubilatoire !
Je pourrais encore vous faire saliver avec plein d’images et de sons mais vous avez compris… allez au cinéma, voyez des documentaires, c’est la vie ! … et dès que vous le pourrez,filez, en novembre au pays des Arvernes sur les Traces de Vies.
Site de « Traces de Vies » : tdv.itsra.net

 

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Une fois étanchée leur soif d’images, les cinéphiles aiment aussi se restaurer. Je ne saurais trop leur recommander, à deux pas de la Maison de la Culture et de Traces de Vies, sur la place des Salins, « Le petit Creusois », un chaleureux bistrot à l’ancienne tel que les aimait Doisneau où de sympathiques gérants vous proposent des repas dits « ouvriers » d’excellente facture (publicité totalement gratuite).

 

Publié dans:Coups de coeur |on 5 décembre, 2007 |1 Commentaire »

Mignonne, allons voir si la rose …

A Cassandre

Mignonne, allons voir si la rose
Qui ce matin avoit desclose
Sa robe de pourpre au Soleil,
A point perdu ceste vesprée
Les plis de sa robe pourprée,
Et son teint au vostre pareil.

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Las ! voyez comme en peu d’espace,
Mignonne, elle a dessus la place
Las ! las ses beautez laissé cheoir !
Ô vrayment marastre Nature,
Puis qu’une telle fleur ne dure
Que du matin jusques au soir !

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Donc, si vous me croyez, mignonne,
Tandis que vostre âge fleuronne
En sa plus verte nouveauté,
Cueillez, cueillez vostre jeunesse :
Comme à ceste fleur la vieillesse
Fera ternir vostre beauté.

Pierre de Ronsard, in Odes, 1550

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Publié dans:Poésie de jadis et maintenant |on 4 décembre, 2007 |2 Commentaires »

La Pointe Courte à Sète

Mon oncle, originaire de Sète, m’a donné le virus et, depuis 25 ans, il n’est pas une halte au pied du Mont-Saint-Clair sans que je ne vienne arpenter ce pittoresque quartier de pêcheurs.
Comme son nom l’indique, il occupe la pointe au nord de la ville en bordure de l’étang de Thau. Il se fait discret en contrebas du mur d’une voie rapide ce qui n’est pas pour déplaire aux « Pointus », les habitants du lieu, heureux de leur tranquillité préservée.Une fois déniché, apparaît un enchevêtrement de cabanons, barques et filets qui rappellent certains ports populeux d’Asie.

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On se trouve immédiatement dans l’ambiance en s’engageant de suite à l’entrée sur une petite digue surnommée avec humour, « la pointe du rat ». Ici, c’est le royaume des chats en liberté. En flânant, nous les débusquons ronronnant au soleil au fond des barques, s’abritant du vent au milieu des filets ou se pourléchant des restes de poissons. Un cabanon, facilement reconnaissable par sa girouette à la forme de sirène, a été aménagé pour ces Sans Litières Fixes. Sa propriétaire déclare une trentaine de locataires.

Margoton la jeune bergère
Trouvant dans l’herbe un petit chat
Qui venait de perdre sa mère
L’adopta
Elle entrouvre sa collerette
Et le couche contre son sein
C’était tout c’quelle avait pauvrette
Comm’ coussin
Le chat la prenant pour sa mère
Se mit à téter tout de go
Emue, Margot le laissa faire
Brav’ Margot
Un croquant passant à la ronde
Trouvant le tableau peu commun
S’en alla le dire à tout l’monde

Ces vers tirés de sa chanson « Brave Margot» sont l’œuvre de Georges Brassens qui repose à quelques centaines de mètres de là, au cimetière du Py.
Si vous êtes observateur, vous découvrirez, au cours de votre promenade, plusieurs clins d’œil en hommage au grand poète, amoureux des chats et de l’étang de Thau, qui demeure dans le cœur des Sétois.

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En longeant la berge baptisée à son nom, nous plongeons au cœur de l’activité de ce minuscule port. Les barques frêles tanguent doucement sur l’eau de l’étang. Les filets et nasses qui sèchent, envahissent la chaussée.
Le matin, le spectacle est coloré avec le retour de la pêche et le déversement des casiers grouillant de daurades et anguilles. Goélands et aigrettes garzette juchés de-ci, de-là, guettent les poissons rejetés.
L’après-midi, quelques pêcheurs reprisent leurs filets dans leurs guitounes de guingois, véritables vide-greniers regorgeant des objets les plus hétéroclites. L’activité s’est déplacée de l’autre côté de la pointe, le long du canal, sur le quai du Mistral, devant un alignement de maisonnettes coquettes aux couleurs pimpantes.
Les pointus se reposent en taquinant la daurade et… le verbe haut, les habitants de Pointe Longue en face.
En octobre, quand le vent du nord commence à souffler, c’est au coude à coude et avec ferveur, qu’ils attendent le passage des daurades qui migrent de l’étang vers la Méditerranée.

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Le quartier est un maillage de ruelles perpendiculaires et parallèles. Elles s’appellent rue de la Pétanque, ruelle des Nacelles, traverses des Pêcheurs, des Jouteurs, des Tambours, savoureux témoignages des activités et loisirs du coin.
On trouve aussi la traverse Agnès Varda : la cinéaste a tourné en ces lieux, en 1954, son premier film « La Pointe Courte » dont on dit rarement que ce fut aussi le premier film du courant « La Nouvelle Vague ». Il évoquait l’histoire d’un couple, interprété par Sylvia Montfort et un jeune débutant Philippe Noiret, en proie au doute, faisant le point sur leur vie. La fin était heureuse mais pouvait-on en douter dans ce cadre si hospitalier ?


Publié dans:Ma Douce France |on 3 décembre, 2007 |Pas de commentaires »

Ma Douce France

Cette rubrique qui se veut essentiellement une invitation à la flânerie, emprunte son nom à deux grandes chansons du patrimoine français.

J’ai connu des paysages
Et des soleils merveilleux
Au cours de lointains voyages
Tout là-bas sous d’autres cieux
Mais combien je leur préfère
Mon ciel bleu mon horizon
Ma grande route et ma rivière
Ma prairie et ma maison.


Douce France
Cher pays de mon enfance
Bercée de tendre insouciance
Je t’ai gardée dans mon cœur !
Mon village au clocher aux maisons sages
Où les enfants de mon âge
Ont partagé mon bonheur
Oui je t’aime
Et je te donne ce poème
Oui je t’aime
Dans la joie ou la douleur
Douce France
Cher pays de mon enfance
Bercée de tendre insouciance
Je t’ai gardée dans mon cœur.


Ce refrain surgit souvent dans ma mémoire lorsque j’arpente mon « cher pays ».
L’insouciance évoquée ici, peut pourtant surprendre voire choquer lorsque l’on sait que Charles Trenet écrit ces vers chargés de souvenirs familiers en 1943, au temps du gouvernement de Vichy.
Il m’est agréable d’y adjoindre une autre ode à notre pays dans un registre bien différent :

De plaines en forêts, de vallons en collines
Du printemps qui va naître à tes mortes saisons
De ce que j’ai vécu à ce que j’imagine
Je n’en finirai pas d’écrire ta chanson
Ma France


Au grand soleil d’été qui courbe la Provence
Des genêts de Bretagne aux bruyères d’Ardèche
Quelque chose dans l’air a cette transparence
Et ce goût du bonheur qui rend ma lèvre sèche
Ma France


Cet air de liberté au-delà des frontières
Aux peuples étrangers qui donnaient le vertige
Et dont vous usurpez aujourd’hui le prestige
Elle répond toujours du nom de Robespierre
Ma France


Celle du vieil Hugo tonnant de son exil
Des enfants de cinq ans travaillant dans les mines
Celle qui construisit de ses mains vos usines
Celle dont Monsieur Thiers a dit qu’on la fusille
Ma France



Dans la foulée de mai 1968, Jean Ferrat, engagé dans la gauche marxiste, teinte les images poétiques des paysages, d’une coloration politique, en prenant parti pour les plus défavorisés, enfants et ouvrières des usines, et en évoquant la mémoire révolutionnaire d’une certaine France qui répond toujours du nom de Robespierre.

Loin des grands flux touristiques, parfois tout près aussi, je souhaite susciter votre curiosité en vous entraînant sur des chemins de traverse, à la rencontre de paysages et de gens modestes qui nous font dire que « c’est beau la France ».

Publié dans:Ma Douce France |on 3 décembre, 2007 |2 Commentaires »

Avant- propos

Mon enfance fleure bon l’encre violette dans l’encrier de faïence blanche encastré au coin de mon pupitre d’écolier.
Dans une petite ville où la Seine était encore Inférieure, j’habitais à l’école des filles dont ma mère était la directrice. Je rejoignais à pied, avec mes camarades, celle des garçons distante d’environ 500 mètres. Sur le trajet, nous effectuions une halte quasi-quotidienne à l’épicerie pour faire emplette de carambars, roudoudous et autres mistrals gagnants, tous ces « bombecs fabuleux » chantés par Renaud.

Mon école ne ressemblait à aucune autre. A l’origine, c’était un confortable hôtel, « Le Continental », fréquenté par la clientèle du casino et des thermes voisins. Durant la seconde guerre mondiale, il fut réquisitionné comme hôpital. Plus récemment, ce devint une ménagerie de fortune d’où s’échappa même une panthère semant une certaine panique, avant de retrouver, aujourd’hui, sa vocation hôtelière primitive. A nos yeux de gamins, sa façade offrait une certaine majesté avec un large escalier ouvrant sur un perron.

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Près de 50 ans plus tard, je n’ai oublié aucun de mes valeureux enseignants ; c’est l’occasion de leur rendre un modeste hommage : Madame Sole-Tourette qui m’apprit à lire au cours préparatoire, Mademoiselle Persègol et son accent chantant des gorges du Tarn, au cours élémentaire 1ère année. Je passais directement au cours moyen 1ère année avec une autre méridionale, la jolie Madame Ricard. Nous en étions tous un peu amoureux et je me souviens d’un jour de tristesse de la voir pleurer suite à l’éloignement de son mari muté dans le sud. A sa douceur, succéda au CM2, la sévérité de Monsieur Chauvet teintée cependant d’une grande sensibilité. J’ai encore en mémoire, ses larmes lorsqu’après avoir été victime d’un grave accident de scooter, il vit défiler ses élèves dans sa chambre de clinique.
L’administration tatillonne, après m’avoir dispensé de CE2, m’interdit d’entrer en sixième prétextant mon trop jeune âge…mes parents décidèrent donc de m’aguerrir auprès des adolescents du certificat d’études. Est-ce la découverte trop précoce du pied à coulisse et de la varlope qui explique mon manque d’attrait pour le bricolage ?
Bien plus sérieusement, je conserve une respectueuse reconnaissance pour mon maître Pierre Marrassé. Au-delà de cette année merveilleuse, il devint un compagnon de route sportive au hand-ball et tennis et l’ami de 40 ans qu’il demeure toujours.
Vint le temps du collège avec un père qui, chaque jour, se métamorphosait en professeur mais cela, je l’évoquerai dans une autre rubrique.
Je fais donc partie de ceux, de plus en plus rares ou vieillissants, qui ont appris à écrire au porte-plume, ont connu la petite boule sur le majeur, les « pâtés » sur le cahier, le buvard. J’adorais la plume Sergent-Major pour ce qu’on n’appelait pas encore son design. Son doux crissement sur le papier rythmait le silence de la création. Je me délectais de la beauté du tracé avec les pleins et les déliés.

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Ces sensations s’effacèrent avec l’usage du stylo à bille. Aujourd’hui, le clavier de l’ordinateur a formaté l’écriture qui s’est faite scripte.
Si je m’attarde, avec un brin de nostalgie, sur ce temps de l’insouciance, c’est que je suis persuadé d’y avoir puisé le goût du savoir et de la pensée, l’intérêt pour la lecture et l’écriture, le plaisir des images et des sons, la curiosité.
Cela devrait transparaître dans ce blog et ses rubriques d’hier et d’aujourd’hui.

P.S : Ces rubriques ou catégories s’enrichissent de nouveaux billets, tout naturellement au fil des semaines et des mois. Aussi, certains articles anciens n’apparaissent plus dans la page de garde des catégories. Vous pouvez les retrouver en fouillant dans les archives. Bonne lecture.

 

Publié dans:Avant-propos |on 3 décembre, 2007 |12 Commentaires »

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